Traces de pesticides

pesticideL’analyse d’échantillons urinaires de 3500 femmes enceintes en Bretagne entre 2002 et 2006 montre des traces de pesticides chez la majorité d’entre elles datant parfois même d’expositions anciennes selon l’étude publiée par l’InVS.

Niveaux d’imprégnation méconnus

Les niveaux d’imprégnation de la population aux pesticides en France sont méconnus selon l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS). Dans un numéro hors série de son bulletin épidémiologique hebdomadaire consacré à la biosurveillance humaine, l’InVS publie les résultats d’une enquête menée par une équipe de chercheurs de l’Université de Rennes (Inserm).

La biosurveillance humaine consiste non pas à dépister une maladie mais à analyser sur le long terme des biomarqueurs comme le sang, les urines, l’air expulsé ou des fragments de cheveux par exemple qui donnent des indications sur l’exposition de la population à un agent externe, environnemental, voire sur ses conséquences biologiques. Cela-dit, aujourd’hui, la relation entre biomarqueurs d’exposition et effets sanitaires n’est pas encore clairement établie. Les 4 et 5 novembre, les chercheurs se réunissaient à Paris pour la Conférence européenne sur la biosurveillance humaine, un champ de recherche interdisciplinaire complexe et encore jeune dont les résultats, pour être tout à fait pertinents, doivent être analysés à grande échelle.

Dans le cas précis des pesticides, les chercheurs de l’Inserm-Université de Rennes sous la direction de Cécile Chevrier, principal auteur de l’article, notent que si les pesticides sont essentiellement utilisés par l’agriculture traditionnelle, les sources d’exposition sont multiples :  les usages individuels dans nos jardins ou maisons contre les moustiques et les utilisations dans nos villes pour les espaces verts. Ces usages multiples contribuent à la contamination des sols, des eaux et de l’air par des molécules de pesticides  qui se retrouvent dans les plantes, les animaux et chez les hommes par ingestion, inhalation ou contact cutané. En 2006, l’Institut français de l’environnement (Ifen) constatait que 90% des cours d’eau présentaient des traces de pesticides. Localement et ponctuellement, des résidus de pesticides sont également trouvés dans les eaux de pluie, dans l’atmosphère, dans nos logements et, selon une étude européenne récente (2008), “près de la moitié des fruits, légumes et céréales disponibles dans l’Union européenne contient des résidus de pesticides”.

Le cas de 3500 Bretonnes enceintes

Les chercheurs rennois ont suivi les participantes de la cohorte Pélagie, mise en place en Bretagne entre 2002 et 2006 pour étudier l’impact de contaminants de l’environnement sur le développement des enfants. Près de 3500 femmes ont participé dès le début de leur grossesse en envoyant un échantillon d’urine et les nouveau-nés ont été suivis pendant plusieurs années. Sur les échantillons urinaires des femmes enceintes recueillis, 546 ont été analysés pour doser chimiquement les traces de 52 molécules.

Premier constat des chercheurs : “seuls 1,6 % des échantillons urinaires de la sous-cohorte n’ont pas de traces des 52 molécules dosées”. Les niveaux d’exposition varient cependant selon les femmes. Les urines de la majorité d’entre elles (54%) présentaient au moins 8 molécules quantifiées, certaines (10 %) ayant été exposées à au moins 13 molécules, voire même jusqu’à 28 molécules pour un échantillon urinaire. Les chercheurs recherchaient notamment des traces d’exposition aux herbicides de la famille des triazines, interdits en France depuis fin 2003, et aux insecticides organophosphorés.

Des traces d’atrazine et de simazine, herbicides de la famille des triazines, ont été constatés dans respectivement 5% et 8% des échantillons. Bien qu’interdits depuis 2003, “les produits de dégradation se déplacent dans les eaux et sont encore très présents dans l’environnement de quelques mois à quelques années après l’usage de l’herbicide” notent les auteurs. 90% des échantillons présentaient des traces d’une molécule commune à de nombreux insecticides organophosphorés, potentiellement toxiques pour la reproduction et le neurodéveloppement des enfants.

Nuances

Les auteurs remarquent que les résultats obtenus sont plutôt meilleurs que ceux constatés ailleurs dans le monde, “seulement 5 % ” des femmes de la sous-cohorte Pélagie présentant des niveaux supérieurs aux niveaux moyens constatés par une étude néerlandaise et surtout que les résultats d’une étude américaine où les californiennes présentaient des niveaux moyens d’exposition supérieur de 270% à ceux constatés en Bretagne. Par ailleurs, il ne s’agit que d’une première étude en France, les méthodes utilisées pouvant expliquer en partie les différences constatées entre les études, et la cohorte “Pélagie n’est pas représentative de la population des femmes enceintes bretonnes”, les participantes ayant notamment un niveau d’études supérieur élevé. Ces résultats donnent “un aperçu des niveaux d’exposition”. Prochaine étape, étudier les  “relations entre les niveaux de biomarqueurs d’exposition aux pesticides et les paramètres du développement intra-utérin” pour confirmer ou infirmer les hypothèses sur l’impact des pesticides sur la santé des enfants.

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Photo © Robert Rozbora - Fotolia.com

 

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