Tabac, alcool et mineurs
Suite à l’interdiction de la vente d’alcool et de tabac aux moins de 18 ans, votée par les députés dans la nuit de lundi à mardi, les réactions se multiplient. Cette mesure est-elle pertinente et cohérente et pourra-t-elle être appliquée ?
“Prohibition”
La réaction la plus violente est celle de Bernard Quartier, président de la Fédération nationale des cafés, brasseries, discothèques (FNCBD) qui, interrogé par un journaliste de l’agence Associated Press, déclare “je pense que (la ministre de la Santé Roselyne) Bachelot a mis un doigt dans un engrenage qui va coûter très cher à la jeunesse: elle a créé la prohibition en France“. Selon lui, “c’est une erreur monumentale” de ne pas faire “le distinguo entre les jeunes de 16-18 ans par rapport aux 12-16 ans”. Il estime que les jeunes “vont aller chercher l’alcool ailleurs : la rue va devenir le premier bistro de France!” et que la seule solution est l’éducation.
Du côté de la Confédération des buralistes, son président Pascal Montredon, plus modéré dans ses propos, souligne “qu’il est plus facile de décréter cette interdiction que de l’appliquer au quotidien dans nos points de vente” et que “l’interdiction n’est sûrement pas le meilleur moyen de prévention et de dialogue avec les jeunes”. Par ailleurs, “où est la cohérence” interroge-t-il alors que d’autres mesures vont finalement favoriser l’accès aux jeux d’argent des moins de 18 ans.
Addictions et représentations
Du côté des professionnels de santé, les interrogations concernent surtout la pertinence des mesures en matière d’alcool alors que la loi autorise par ailleurs la publicité pour l’alcool sur Internet. “L’ensemble des associations de santé publique est frappé par l’incohérence des mesures d’interdiction concernant l’alcool pour les moins de 18 ans” déclare le professeur Michel Reynaud, président de la Fédération française d’addictologie, interrogé par l’AP. Pour l’Anpaa, association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, “la santé publique est passée après les intérêts économiques”. “Comment peut-on en effet prendre dans le même temps des mesures restrictives à l’offre (interdiction de vente d’alcool aux mineurs) et des mesures incitatives (autoriser la publicité sur Internet) ?”. Le Pr Reynaud souligne que “l’autorisation de la publicité va entraîner une consommation massive des plus de 18 ans par le biais d’internet, qui donnera envie de consommer aux moins de 18 ans. Ils voudront faire comme les adultes”. “Elle fabriquera des représentations sociales du plaisir à consommer, maintiendra ce contre quoi nous voudrions lutter, c’est-à-dire la consommation massive des jeunes, être jeune ne s’arrête pas à 18 ans” ajoute-il. Tous les professionnels, qu’ils soutiennent ou non l’interdiction, s’accordent sur la nécessaire prévention par l’éducation.
Comment appliquer l’interdiction ?
Les jeunes interrogés ne semblent pas inquiets. Le reportage de Sophie Parmentier pour France Info en dit long. Acheter des cigarettes avant 16 ans était déjà interdit et on ne leur posait aucune question. Les astuces sont toutes trouvées : “c’est pour mon papa” ou du “maquillage et des talons” pour paraître plus vieux. Par contre pour l’alcool, un des lycéens se dit favorable à l’interdiction, lui-même ayant eu une mauvaise expérience, direction l’hôpital. La solution est l’éducation concluent-ils proposant en riant de “boire en cours” ou d’instaurer des “cours de boisson” avant de confier aller fumer “un petit joint”. Les buralistes et caissières de supermarchés demanderont-ils dorénavant les pièces d’identité ?
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