Vaccin anti-tabac: le vaccin à un demi-millard… qui ne vaccine pas!

GSK a mis la main sur le “vaccin anti-tabac” NicVAX de Nabi Biopharmaceuticals… à concurrence de 540 millions de dollars, au total. Petit souci, ce “vaccin anti-tabac” ne vaccine personne à proprement parler. Il  supprime les stimulus cervicaux “positifs” chez les fumeurs, éventuellement par de nombreuses injections. Son taux de réussite sur l’arrêt du tabac à douze mois est inférieur à 25%.  Une vraie avancée sans doute. Une prise de position sur un marché colossal, certainement. Mais  un vaccin au sens commun contre le démarrage du tabac? Non.

Les gros sous sont lâchés, moyennant licence de production et distribution mondiale, GSK, le grand labo multinational fait sien le “vaccin anti-tabac” NicVAX développé par Nabi Biopharmaceuticals. Après les 40 millions de dollars investis dans un premier temps par Glaxo-Smith-Kline pour une option d’exclusivité sur ce vaccin expérimental, 500 millions (un demi-milliard, donc!) devraient suivre, pourvoyant aux développements.

Une affaire gigantesque pour Nabi Biopharmaceuticals qui a pris 26% d’un coup d’un seul à la bourse (en anglais sur Reuters, en anglais) et qui pourrait récolter demain des royalties supérieurs à 10% (”à deux chiffres“, selon les Echos) sur le “vaccin“, voire sur d’autres médicaments issus de l’accord. La transaction reste toutefois à finaliser au premier trimestre 2010.

Le vaccin qui ne “vaccine” pas

La première question est immédiate. Est-ce vraiment un vaccin, au sens commun? Est-ce que cela prévient l’usage du tabac? Réponse: non. Le mot “vaccin” est d’abord un argument marketing habile, intégré dans le nom-même du produit NicVAX - Nic pour nicotine; VAX pour vaccin. Le NicVAX est en fait un produit injectable (d’où la facilité d’entretenir la confusion) destiné soit à l’arrêt du tabac, soit au soutien contre les rechutes du fumeur ayant déjà stoppé, en fait le même processus (voir en anglais sur la page dédiée de Nabi). C’est un traitement contre une addiction spécifique déclarée.

Cependant, la porte vers l’usage “vaccinal” préventif est entr’ouverte : on lit, plus discrètement, en anglais, dans les keyfacts de Nabi Biopharmaceuticals (les faits clé - voir pdf ici) que NicVAX est aussi destiné à ceux qui sont “en situation de risque d’addiction”. De là, la pertinence de la remarque du Figaro au moins à terme: “un problème éthique concerne les adolescents que l’on voudrait vacciner pour éviter qu’ils ne commencent à fumer“.

Deux autres réserves précèdent: 70 % des “vaccinés” au NicVAX feraient un syndrome grippal aigu selon le quotidien français (ce qui dans le contexte actuel du H1N1 tombe mal…  info reprise également par TF1 sous la forme 7 sur 10) et de nouvelles injections sont nécessaires en cas de rechute. Pour l’instant, il semble bien qu’elles soient nécessaires de toutes façons. Les essais que retrace USA Today (en anglais) ont nécessité une piqûre mensuelle pendant cinq mois

Enfin, “habituellement, on vaccine pour éviter une maladie, pas un comportement, écrit encore judicieusement le Figaro… Bref, “vaccin anti-tabac” est (pour le moins!) source de malentendus… “La plupart des gens croient que c’est comme le vaccin contre la polio. Ils pensent que c’est l’affaire d’une injection puis que l’on est couvert pour la vie,résume Kim Janda, spécialiste des vaccins anti-addiction, sur USA Today.

Une efficacité apparemment très limitée

L’efficacité du NicVAX  semble aussi limitée… qu’encourageante. En 2007, NicVax enregistrait certes une réussite de sevrage tabagique trois fois supérieure à un placebo… mais cette réussite plafonnait à 16% (soit un fumeur sur six). On retrouve cette info en anglais sur le mini-site Nabi dédié à NicVAX, à la rubrique “Press releases” (communiqués de presse), au 7 novembre 2007:

- taux de réussite de 16% pour 12 mois d’abstinence, avec traitement NicVAX 400 microgrammes contre 6% au placebo (et taux de 14% à 12 mois avec NicVAX 200 microgrammes).

  • Le Financial Times (en anglais)  parle lui d’un taux de réussite 3,5 fois supérieur à un placebo… Mais sur la base du même effet d’un placebo, cela ne donnerait qu’une réussite de 3,5 x 6% = 21% environ. Cela reste modeste.

tab11En même temps, tout outil de cessation du tabac est bon à prendre. Sans doute plus encore quand les campagnes anti-tabac perdent de leurs effets Outre-Atlantique (voir sur France24, “Etats-Unis: le tabagisme ne recule plus malgré les campagnes anti-tabac“) et qu’elles s’avèrent plus… hum…  “délicates” en France (revoir sur le Bloob “5€60 les cigarettes, nouveau loyer du cancer”).

Côté  Grande-Bretagne, le Daily Mail rappelle que sur les 10 millions de fumeurs britanniques, 70% essaient d’arrêter chaque année… mais seulement 5 à 15% y parviennent au-delà d’un an. Et tout l’enjeu est là. Planétairement.

1,2 milliards de fumeurs dans le monde… c’est le marché potentiel pour GSK. Enorme. Colossal…

  • Raccourci significatif d’un produit désormais jugé pour un poison en lui-même: “5,4 millions de personnes meurent chaque année du tabac dans le monde,” écrit la Radio télévison belge en reprenant la dépêche de l’agence Belga.
D.B.

Article à suivre:

  • comment ça marche
  • quatre labos dans la course

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