Salles de shoot, bientôt des “maisons closes” pour drogués?
Faut-il ouvrir des “salles de shoot” en France, lieux financés par la collectivité où les toxicomanes pourront pratiquer? Jean-Marie Le Guen, député du Parti socialiste en charge de la santé, le pense. Et il proposera ce mardi soir, au Conseil de Paris, de financer (26.000€) une étude en ce sens, dans la perspective d’ouvertures à Paris et dans plusieurs grandes villes de province (Marseille, Lyon, Lille), -en complément des structures où les toxicomanes peuvent déjà recevoir des seringues. A tous points de vue, les polémiques à venir réactivent le débat sur les maisons closes… Cette fois, pour drogués.
Trois arguments se croisent. Le premier est l’impact sur la consommation globale de stupéfiants. Sur Le Parisien, premier sur l’info, le député explique: “partout où cela a été fait en Europe, la consommation de drogue a plutôt reculé.” Comparatifs, discussions et polémiques ne devraient pas tarder sur Internet.
Mais dans tous les cas, les usagers amenant leur propre drogue dans de tels lieux, cela heurte de front le principe de la criminalisation de l’usage, axe moral et juridique majeur de la campagne gouvernementale en cours, luttant contre toutes formes de banalisation (revoir nos articles : “la drogue, c’est illégal“ et “ne fermons pas les yeux”, une campagne contre la banalisation“).
Le deuxième argument est également de l’ordre de la santé publique, cette fois sur le front du Sida. Le fait de regrouper dans un même lieu ces consommateurs de drogues dures permet de contrôler et distribuer les seringues (mais aussi les pipes à crack); d’effectuer une sensibilisation aux risques d’infections et spécifiquement d’IST (ex MST) par un “shoot propre”; d’essayer (voir AFP) “de les faire rentrer dans les circuits de soins et de prévention” (voire de désintoxication).
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Le crack, vecteur du Sida? Oui! Avec une menace croissante sur les ados
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Le Canada projette d’ouvrir sa première “crack house” légale, en Colombie Britannique. La dépêche UPI en anglais de fin octobre mentionne un risque quatre fois plus élevé de contracter le HIV pour les usagers du crack, selon une étude de la Canadian medical association. Ce seraient les infections buccales qui expliqueraient ce risque de contamination… alors même qu’il n’y a pas usage de seringue.
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Dérivé extrêmement addictif et destructif de la cocaïne, le crack débute en France une progression parallèle, chez les ados. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) relevait pour la cocaïne une expérimentation chez 3,3 % des jeunes en 2008 contre 2,5 % en 2005 et 0,9 % en 2000… et pour le crack une progression de 0,7 % à 1,0 % entre 2005 et 2008. (Etude sur 39 542 jeunes de 17 ans.)
Le moindre mal… jusqu’où et pour quoi?
Mais, cela repose implicitement les questions habituelles: s’il s’agit d’atteindre “sans hypocrisie”, le moindre mal, une deuxième question réaliste apparaît, à ce compte, la collectivité ne doit-elle pas garantir elle-même les produits (éviter qu’ils soient coupés de poisons, surdosés etc) et finalement les fournir… ce qui croise le dernier argument, celui de l’ordre public puisque l’argent des drogues (a fortiori celui des drogues dures) profite intégralement à des réseaux criminels et mafieux, qu’il impacte de proche en proche (blanchiment notamment) tous les secteurs économiques.
Le tout dernier argument est donc celui de l’ordre public, non seulement fournir un environnement sécurisé aux toxicomanes (agressions, vols, abus), éviter un spectacle désastreux dans des lieux publics… mais maintenir aussi la paix dans les quartiers où la tension monte. Les XVIIIè et XIXè arrondissements parisiens sont mentionnés par le Parisien, ainsi que la Seine-Saint-Denis. Mais, plus largement, si l’on intègre au raisonnement, le cannabis et la cocaïne qui progresse de manière fulgurante à prix désormais cassés, on obtient tout le débat actuel sur les “zones de non-droit“ à la merci de bandes, gangs, réseaux etc… De ce côté, l’encadrement de “salles de shoot” permettrait un relatif suivi policier de la communauté des usagers de drogues dures, même informel.
A tous ces points du vue, sanitaires, sécuritaires, économiques et sociaux (et pas seulement dans le principe d’espaces dédiés et encadrés,) le sujet réactive les questions sur les “maisons closes”… versus la prostitution non encadrée, mal surveillée, dangereuse sanitairement, nuisance sur la voie publique, économie parallèle et surtout source de sur-criminalité (trafic d’êtres humains, proxénétisme, grand banditisme).
Reste aussi qu’un “moindre mal“… demeure un mal. Pierre d’achoppement et pomme (“pourrie”, en l’occurrence) de discorde.
Drogues dures et HIV
L’usage d’héroïne est corrélé à la diffusion de l’hépatite C et du Sida. Si l’injection n’est plus le mode de contamination dominant en France selon l’OMS (mais les relations hétérosexuelles revoir l’illustration dans notre récent article), cela reste toujours néanmoins une réalité de fond à prendre en compte. Cible bien identifiée de la lutte contre le Sida, les usagers des drogues dures, semblent cependant aujourd’hui s’estomper derrière des orientations plus massives en France (revoir “Sida, vers un dépistage volontaire généralisé à partir de 15 ans?” )
D.B.
A lire, sur Le Parisien:







14 décembre, 2009 à 18 h 30 min
Et à quand des salles pour flinguer le voisin trop bruyant en toute impunité ???(au choix, balles en argent ou en or !!! J’en trépigne d’impatience !)
On marche sur la tête.
Il n’y a pas 36 solutions pour lutter contre la drogue : informer, en particulier sur les risques infectieux. Traquer ceux qui en vendent. Et aider les gens. Tiens, ils feraient mieux de mettre cet argent pour financer une campagne d’information (notamment dans les collèges)+ des lieux pour accueillir ceux qui sont en difficulté…
L’argumentation “on tolère le mal pour mieux le contrôler” n’est pas moralement acceptable. Le mal doit être combattu, pas “contrôlé”…