L’obésité bouc-émissaire écologique

L’empreinte carbonique des “gros” serait 9% supérieure en Europe à celle des personnes “minces”. Petit calcul qui relativise l’étude de la London school of hygiene and tropical medecine attribuant aux obèses la production d’1 tonne de CO2 annuelle supplémentaire… quand la moyenne européenne est déjà… de 11!

9%… de là à déraper, en disant (ou en laissant entendre) que l’obésité pollue ou réchauffe la planète? (notre article d’hier)… il y a un pas d’autant plus grand à franchir, qu’en attribuant tout au surpoids, on cache à bon compte, la forêt des causes du réchauffement.

Il faut des coupables? Il y a matière à bonne et mauvaise conscience? Alors, par l’absurde, les Japonais et les Coréens sont hors cause en matière de réchauffement planétaire! Il suffit de jeter un oeil aux statistiques. Et ce n’est qu’un début du caractère très discutable de cette nouvelle équation pour idées reçues :

<< gros = ennemi de l’écologie = nuisance collective = danger, menace sociale >>.

Est-ce si simple? Vraiment? En attendant des voix fortes et raisonnées sur ce sujet… voici quelques éléments de discussion autour d’une étude dont les risques démagogiques n’ont pas même été relevés. C’est peut-être le plus stupéfiant… Cet aspect révélateur de l’état médiatique ambiant.

Attention… c’est du lourd…


Et l’empreinte carbone… diététique?

9%… Un chiffre certes important (à qualifier, préciser, pondérer) qui devrait encore être rapporté à d’autres données évidemment : la production de gaz à effet de serre industrielle, ou celle des transports publics, ou même celle des vaches qui “méthanisent“… Boutade? Pas vraiment. Une question de méthode apparaît aussi. Question de parti pris ou de perspective choisie… Puisque,  c’est la production alimentaire (rappelle Science Daily)  qui est le contributeur essentiel du gaz à effet de serre et que l’étude, par évidence, a choisi… de la rapporter au surpoids. Sensationnaliste, certes… mais d’une logique scientifique très discutable.

En matière d’oeuf et de poule, cette chaîne alimentaire (production, transport…) n’est pas synonyme nécessaire de surpoids. En réalité, elle est d’abord le signe d’une structure économique, d’un fonctionnement d’ensemble, dont peut-être le surpoids est une conséquence. Cela dépend des angles : faire venir des haricots verts d’Afrique Noire ou des tomates du Maroc, ou des crevettes de Thaïlande, se corrèle-t-il vraiment avec le surpoids?

Le combat secret de la first Lady

Illustration: Michelle Obama prône (aussi) le potager individuel vertueux, diététique etc… pour précisément réduire les gaz à effet de serre. Un article extrêmement intéressant à ce sujet sur The Nation (mais en anglais, bien sûr - ceci au moment où les USA viennent seulement de s’engager dans la lutte contre le réchauffement). Mais faut-il des coupables… bien identifiables?

(Que le serpent se morde la queue… sans doute mais c’est à voir avec un peu plus de rigueur… en attendant ce sont les obèses et pas l’industrie alimentaire  - ou automobile - qui sont ici montrés du doigt. Que ce soit pour la “bonne” cause? Sinon la publicité de l’étude, en quoi? L’idée est que l’équipement des personnes plus lourdes consomme “obligatoirement” plus? Le marché des voitures 4×4 n’était-il pas CSP++, une catégorie sociale très aisée, moins corrélée avec le surpoids que les catégories inférieures?)

Europe1 a mis cette donnée européenne des 11 tonnes générales en avant. Hélàs, sans faire non plus le calcul de proportion d’une tonne à onze.  A noter : le site de la radio choisit également une citation moins polémique que d’autres  (à partir de l’article dans The Guardian)  des deux chercheurs ayant mené l’étude,  Phil Edwards et Ian Roberts   : “Le message important à faire passer est en fait que c’est bon pour votre santé et pour celle de la planète.” En ce sens, oui, bien sûr. Et on peut alors lire sans (trop) tiquer ce titre “Luttez contre l’embonpoint pour sauver la planète“.

(Effectivement, c’est un moyen parmi d’autres. Et pour toutes sortes de raisons  imbriquées, “systémiques”, c’est certainement un aspect utile… mais de là à laisser entendre que c’est la question cruciale, il y a de la marge! Tiens, et les centrales à charbon chinoises? Et la culture sur brûlis? Affaire d’obèses? Et la Formule1, ou les avions de chasse dont on peut dire aussi, par jeu de chiffres, qu’ils sont corrélés aux pays à forts taux d’obésité? Hum… Sauf la Grêce, la Slovaquie et le Mexique?)

Fascisme sanitaire, une prophétie?

A ce rythme là l’obésité va finir par devenir un délit !” commente avec justesse  Santé Actu, sans que l’on ne sache plus s’il s’agit d’humour… ou d’une véritable prophétie, car “hasard du calendrier ou pas, on apprenait ce matin même que la compagnie aérienne Ryanair était en train de réfléchir sérieusement à la création d’une taxe obésité pour ses passagers en surpoids...”

Eh oui, c’est l’autre info du jour, développée par exemple par le Nouvel ObsLa compagnie Ryanair envisagerait “une taxe pour les gros”  : sur “quelque 100.000 votants” de la clientèle, “plus de 40% s’était prononcé vendredi pour l’introduction d’une taxe basée sur l’indice de masse corporelle des clients, dans un sondage en ligne“. (Celui qui a eu cette “bonne idée” gagnera sans doute 1.000 euros.)

Sur l’article du Guardian, en revenant au sujet de l’étude britannique, ce paragraphe du journaliste a suffisamment marqué pour être repris intégralement par US News :

==> “Mais pour moi, le plus intéressant de cette étude est qu’elle montre comment le débat de l’obésité se rapproche de celui du tabac (…/..) Tout d’abord, être en surpoids - comme fumer - était jugé comme quelque chose de nocif à soi-même. Mais maintenant, c’est vu de plus en plus comme un comportement égoïste dans lequel - comme pour les effets du tabagisme passif - vous n’avez pas seulement un impact négatif pour vous même, mais aussi pour ceux qui vous entourent, que ce soit par des coûts de dépenses de santé augmentés (à la fois dans l’imposition commune et dans les primes d’assurance) ou, comme c’est maintenant affirmé, par des coûts environnementaux.”

[Voir aussi... ceci en anglais ou pour le "contrepoids", ceci en français.]

Bon… Cela peut donner envie de lire, ou relire, l’article et l’interview du psychiatre Gérard Apfeldorfer sur le risque d’un “fascisme sanitaire“. Non?

D.B.

* * *


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