Livres piratés, les ados masqués par… Deleuze et “Le sexe pour les nuls”!

Amélie Nothomb et Bernard Werber, ou encore Harry Potter et Twilight, figurent en tête des livres “best-piratés” sur Internet, selon le MOTif. Mais cette première étude sur l’offre illégale d’ouvrages français sur le Net prouve surtout à quel point la pratique reste marginale, même en bd.

La preuve en est loufoque: le philosophe ardu Gilles Deleuze cotoie “Le Sexe pour les nuls” en tête des “bookwarez. Reste que l’étude de l’Observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France - pose de bonnes questions en cette “année zéro du piratage de livres” et fournit des infos inédites. A méditer d’urgence par les éditeurs.

Pour dire à quel point le piratage de livre reste marginal sur Internet, il suffit de nommer sa première victime en nombre de titres piratés: le philosophe Gilles Deleuze avec treize ouvrages. La suite est plus attendue: Bernard Werber, Amélie Nothomb, Frédéric Beigbeder, JK Rowling et Michael Connelly. (A noter, Sartre, Camus, Ricoeur et Foucault sont dans le Top20… Deleuze n’est pas une anomalie!)
Côté ouvrage, surprise également. C’est “Le Sexe pour les nuls” qui est le plus piraté avec 58.000 téléchargement (no comment!)… Mais Harry Potter apparaît en deuxième place (presque 40.000) et Twilight en quatrième (presque 20.000). La preuve que les ados piratent, là encore. Certes, à la troisième place, un best-seller de cuisine apparaît… preuve que les gourmets sont un rien déliquants!

Deux infos éclairantes:

En ligne, rien de nouveau: 94,9% des livres piratés ne disposent pas d’offre numérique légale. Et le chiffre monte à 98,8% pour la BD!!! A rapprocher de ceci : la motivation n’est presque jamais l’argent mais la “reconnaissance (NDR - symbolique)  de la communauté des internautes” par la mise en ligne de “ressources non disponibles” (Note: il faut 5 à 8h pour scanner un livre et le mettre en ligne!) A savoir également : 25% des livres piratés et 31% des BD ne sont pas disponibles à la vente. En clair, voir présentation vidéo de l’étude: “l’essentiel ce sont des best-sellers, mais des best-sellers d’il y a quelques années, comme si c’étaient des valeurs sûres (…/…) on trouve peu des dernières nouveautés.”

Le juste prix. 48% des BD piratées se situent dans la zone de prix public de 11 à 20€ et 37% des livres dans celle de 5 à 10€. En février 2009, la société d’études de marché GFK évaluait à… 6€ le prix que les lecteurs se déclarent prêts à payer pour un livre numérique. Certes, vues l’économie d’impression et de distribution et l’absence d’objet matériel… c’est rationnel. Néanmoins…

Qui va essuyer les plâtres?

On peut bien sûr dramatiser à la façon des Echos: “le piratage de livres sur le Web est en pleine explosion depuis 2008“… mais le piratage des livres apparaît encore comme un domaine nettement moins (euphémisme) développé que les piratages audio ou vidéo.

La preuve par le nombre de fichiers:

- 1.000 à 1.500  “livrels” illégaux, dont une grande part “scientifiques, techniques ou médicaux” (à 42% en pdf texte et 38% pdf image - les fichiers Word ne sont que 7%)
- 3.000 à 4.500 titres de bd avec séries complètes (à 63% en fichier image, et 37% en pdf)
- 200 à 300 livres audio dont la moitié des textes sont du domaine public (en mp3 à 95%)

Bref, un piratage “très faible” au regard des plus de 560.000 titres papier disponibles (0,7 à 1,1% du total). Que ce soit en P2P, direct download, via IRC (Internet relay chat), newsgroups et forums, ou par le Web, l’offre du piratage reste “difficilement accessible.”

L’étude énonce quelques problématiques en cette “année zéro“. En particulier, alors que le marché des “liseuses” (ebook) semble bien vouloir décoller, se pose la question d’une offre légale qui tarde à s’étoffer et se diversifier… Le MP3 a décollé à partir d’une offre illégale, créant un schéma bien difficile à combattre ensuite. Mais qui chez les éditeurs français a envie d’essuyer les plâtres?
Autre question, soulignée par deux auteurs anglophones (Tim O’Reilly, Cory Doctorow), dans le contexte de surproduction littéraire, la vraie question est-elle le piratage… ou comment “faire sortir un livre de la masse“! (Sous-entendu, la diffusion par les fans peut-elle être une forme de promotion, de marketing?)
L’étude relève enfin des mots-clés pour le futur: immédiateté, personnalisation, interprétation (ou valeur d’application), authenticité, accessibilité, incarnation (la question de l’objet réel)… Bref, voila qui mérite le coup d’oeil.

D.B.
  • En vidéo, le MOTif (Observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France) explique tout sur les “ebookz à l’année Zéro du piratage“  - L’étude du MOTif en pdf (conclusions à partir de la page 53) - Le site de Observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France.
  • Sur France2 “Et vous, vous pirateriez Deleuze ou Nothomb?”
  • Sur ActuSF, le Top20 des auteurs puis des livres piratés “25% des auteurs piratés sont des auteurs de SF et de fantasy”

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