L’Européen s’abstient ou bien vote-t-il “abstention”?

Trois Français sur cinq n’ont pas voté aux élections européennes ou encore 40% seulement ont exprimé leur suffrage. Une mobilisation à peine supérieure à celle de l’Europe dans son ensemble. De nombreux pays sont même sous la barre des 30% de participation. Désintérêt? Même pas sûr. En 2005, la participation au référendum était de 60%. Ce petit tour d’horizon contributif sur Le Monde souligne quelques explications essentielles du mystère : des jeunes indifférents (jusqu’à 80% d’abstention?) et des enjeux présentés et perçus comme essentiellement nationaux. Après le scrutin, tout autant.

A force de passer pour des mesures de rapports politiques intérieurs, les élections européennes créent des effets d’angle mort et même journalistiquement. Comment aborder un scrutin acquis sur la base de 60% d’abstentions? Dans une telle indifférence quelle est la possible sur-représentation des extrêmes? Quel est le poids du vote d‘impulsion? Et comment sortir de tels questionnements?

57% d’abstentions au niveau européen.  C’est le premier grand trait de cette élection. A peine plus de 40% des 375 millions d’électeurs appelés aux urnes depuis jeudi se sont déplacés. En France, le taux de participation est de 40,48%. Trois Français sur cinq (et presque la même proportion d’Européens donc) n’ont pas voté.

Le deuxième grand trait? Ces élections européennes ont été présentées et perçues comme une succession de suffrages nationaux,  voir comme autant de sondages ou d’évaluations des rapports de force politique à l’intérieur des pays. C’est particulièrement vrai en France. Y a-t-il un rapport de cause à effet (en un sens ou dans l’autre) entre abstention massive et “absence d’Europe”… dans une élection qui la vise pourtant? Les politologues et analystes se pencheront certainement sur le sujet qui revient toujours plus fort à chaque consultation européenne.

S’y pencheront seulement de manière franco-française ou à l’échelle européenne? C’est à voir. La République Tchèque qui préside l’UE jusqu’au 30 juin a connu un taux de participation de… 25%! (Record de faible participation en Slovaquie, sans doute, 19,6%). Dans ces conditions, ils devraient sans doute se poser deux questions qualitatives essentielles en démocratie. Dans quelle mesure le suffrage est-il vraiment représentatif? Dans quelle mesure sert-il son objet?

La première question renvoie à diverses problématiques. Celle des générations évidemment (les jeunes adultes votent peu et pour l’Europe encore moins), mais aussi celles de la sur-représentation de votes extrêmes ou de votes d’impulsion. Deux exemples dans lesquels on retrouve d’ailleurs le biais “nombriliste” : on parle plus de l’influence de la diffusion de “Home“  sur les suffrages écologistes français (vote d’impulsion?)… que de l’extrême-droite (sur-représentation?) dans plusieurs pays - l’angle franco-français étant moins d’actualité pour l’extrême-droite, on y posera peut-être la question, tout aussi légitime, de la sur-représentation de l’extrême-gauche.

  • La poussée verte se retrouve en Belgique francophone (où les écologistes passent de 8,5% à 18,5%), en Finlande et en Suède. On peut y ajouter un premier siège pour les Verts en Grèce. Mais cette vague reste modérée selon un analyste du Cevipof (sur le Nouvel Obs).
  • L’extrême droite obtient 15% des suffrages en Hongrie, 17% aux Pays-Bas (parti anti-islamique et anti-européen PW), autant environ en Autriche (en cumulant FPÖ et BZÖ).  En Finlande, les “Vrais Finlandais” (nationalistes et anti-immigrés) obtiennent 10% des votes.  Slovaquie (SNS) et Roumanie (Parti de la Grande Roumanie) seraient encore à évoquer, tout comme l’entrée de deux élus du British National Party au Parlement Européen. A noter : Le Monde fait un point sur la Belgique (recul du Vlaams Belang)  où la situation est complexe du fait du cumul entre élections européennes et régionales

Et la question reste entière : l’Européen s’abstient-il ou bien vote-t-il “abstention”?  Le manque de participation est-il indifférent, ou délibéré - ou les deux, délibéré par indifférence? Comme disait Erasme (Erasmus - Eloge de la folie): “Recevoir une pierre sur la tête, c’est un mal qui existe; la honte, l’infamie, l’opprobre, l’insulte, ne sont des maux qu’autant qu’on les sent. Il n’y a point de mal quand on ne sent rien.”

D.B.


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