Le vaccin anti-tabac fera-t-il un tabac?
La perspective d’un “vaccin anti-tabac” se précise… mais gare aux mirages! Le Nic-VAX, désormais sous l’aile de GSK, double semble-t-il tous les autres concurrents en entrant dans la dernière phase d’essais; mais, même prometteur, un tel traitement par injection ne vaccine personne préventivement contre la cigarette. S’il supprime le “plaisir” au niveau cervical… il laisse également posée la question du manque.
Les événements se précipitent dans le domaine “vaccin anti-tabac“, lequel ne vaccine personne à proprement parler: puisque d’une part, il s’adresse aux fumeurs déclarés (leur coupant les stimulus cervicaux “positifs” de la nicotine) et que d’autre part, même s’il est prometteur, il présente apparemment un taux de succès modeste pour l’arrêt du tabac à 12 mois (16 à 20% au plus - revoir notre article d’hier).
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Le professeur Dautzanberg, président de l’office français de prévention contre le tabagisme, enfonce d’ailleurs ce clou essentiel sur Paris Match: “ce n’est pas un traitement qui vaccine à vie contre le tabac”. Le seul vaccin véritable contre le tabac reste à ce jour une règle de vie: ne jamais commencer.
L’intérêt de santé publique pour ce type de traitements est cependant évident. Même si les chiffres varient, on peut considérer que dans les pays développés 70% des fumeurs (au moins) veulent arrêter et qu’un dixième (au plus) y parvient - 5% relève un des labos développant un “vaccin anti-tabac”.
Le coût social et sanitaire du tabac est tellement gigantesque… que la partie semble promise à se jouer sur du velours, quel que soit le labo qui franchira le premier la ligne d’arrivée. Même 10% d’arrêts supplémentaires serait un pas notable… (en ce sens, même si Nic-VAX ne conduit à un arrêt dépassant un an que dans un cas sur cinq, un effet double ou triple par rapport à un placebo est très encourageant).
Comment ça marche?
L’idée générale est de susciter une production d’anticorps spécifiques, dédiés au tabac. Ceux-ci s’agglutinent avec les petites molécules de la nicotine tandis qu’elles circulent dans le sang et en forment de plus grosses. Ces nouvelles molécules, plus volumineuses, ne peuvent plus franchir la barrière hémato-encéphalique et atteindre le cerveau. Le “stimulus positif“ dans le cerveau qui est causé par la nicotine disparaît, explique Nabi Biopharmaceuticals - citant particulièrement le rôle de la dopamine (voir Wikipédia).
La communication de Nabi Biopharmaceuticals semble d’ailleurs plus insister sur cet aspect (la stimulation et la production des anticorps spécifiques) que sur les scores de sevrage tabagique proprement dits. Mais il est vrai qu’en toute logique, si la nicotine n’agit plus, le fumeur doit cesser de fumer… ou en tous cas, il y semble vraiment aidé, l’addiction diminuant. “It is believed”… dit le commentaire de la petite vidéo sur le mini-site dédié à Nabi… “c’est ce qui est admis” ou, par traduction mot à mot: “c’est ce qui est cru”. CQFD. (La course des labos, sur ce principe, a débuté en 2001 rappelle Le Figaro.)
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A l’absence de plaisir pourrait même s’ajouter (mais dans quelle proportion?) un possible “déplaisir”. Sur USA Today, un fumeur inclus dans le protocole de test, ‘Ballou”, raconte que dès la première injection de NicVAX, fumer lui donnait mal à la tête et brûlait sa gorge.
Oups… la question qui “bugge”!
Toutefois, une inconnue se faufile sans être généralement relevée. Elle est pourtant de taille… et familière à tous les fumeurs! Quid d’un autre stimulus essentiel lors de la mise en oeuvre d’un vaccin anti-tabac: celui de l’absence de nicotine… très perturbante pour un fumeur dépendant… c’est-à-dire basiquement le manque (peut-être de dopamine, d’ailleurs).
Si fumer n’offre plus de satisfaction… l’envie ou le besoin disparaissent-ils pour autant? C’est une “information” que l’on ne trouve pas et qui pourtant semble importante.
De là, une autre question: si quatre fumeurs sur cinq ont semble-t-il échoué à l’arrêt en utilisant NicVAX, quelle proportion d’entre eux à augmenté sa consommation de tabac au final, typiquement pour obtenir ou maintenir un même effet?
GSK au finish?
En faisant une avance non remboursable de 40 millions de dollars pour une option exclusive sur NicVAX, doublée de 500 millions à suivre en cas de succès des essais cliniques de phase III, GSK réédite en fait le pari de Novartis, autre méga-labo multinational, avec Cytos, en 2007 (en anglais ici). Trois éléments ont sans doute précipité l’accord très favorable (cession de plus de 10% de royalties) de GSK dans la course au vaccin “anti-tabac”, dans cette dernière ligne droite: l’orée de la phase III
(revoir éventuellement les différentes phases des essais sur Wikipédia)
tout d’abord, NIC002 de Cytos/Novartis vient de décevoir très fortement et peut-être de faire carrément une “sortie de piste”, avec une conclusion négative en essai de phase II par rapport au placebo (voir le communiqué en pdf encore très récent - 15 octobre dernier, en anglais)
deuxième élément d’actualité, les dix millions de dollars annoncés toute fin octobre (en anglais, ici) de l’agence NIDA (National Institute on Drug Abuse), qui viennent régler une partie de ces essais de phase III de NicVAX, et qui, au-delà du seul aspect financier, signifient crédibilité et sans doute bienveillance institutionnelle américaine
… enfin, les deux derniers concurrents semblent laisser du champ à GSK… qui pourrait donc être le premier sur le marché (sous réserve d’une autorisation de la FDA).
- Celtic Pharma qui développe Ta-Nic est en phase IIB aux dernières nouvelles du 29/10/07
- Independent Pharmaceutica, qui développe le même principe de stimulation des anticorps (voir illustration) avec Niccine, entrait en phase II fin 2008 (communiqué du 12/11/08 en anglais)
Mais reste, encore une fois, que Nic-VAX, NIC002, Ta-Nic ou encore Niccine sont tous destinés aux fumeurs voulant cesser ou arrêtant. Un vrai vaccin préventif contre la cigarette, pour les non-fumeurs (plausiblement aux enfants et adolescents)… est une autre histoire. Un prologue?
D.B.
Illustration Pierite - Fotolia.com - Nabi Biopharmaceuticals - Niccine / Independant Pharmaceutica et NicVAX
- Sur Santé Log “NicVAX, un vaccin contre la cigarette?” et sur Le Figaro “Un vaccin pour délivrer les accros du tabac”
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En anglais, la page de Nabi sur “NicVAX® (Nicotine Conjugate Vaccine)” ; les keyfacts et le micro-site dédié
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Sur USA Today, en anglais, “Quitters get a shot in the arm with smoking vaccine“
Sur le Bloob
- Premier article: “Vaccin anti-tabac: le vaccin à un demi-millard… qui ne vaccine pas!”








19 novembre, 2009 à 15 h 59 min
Après les différents remèdes, La Pilule miracle,… Voici Le Vaccin miracle!
Le seul problème, c’est que fumer n’est pas une maladie et la nicotine pas un virus: c’est pour cette simple raison que toutes ces pseudo-solutions médicamenteuses n’ont aucune efficacité contre le tabagisme et n’en auront jamais.
Le hic, dans cette histoire, c’est qu’on continue à faire croire aux fumeurs q’un miracle sera possible un jour pour arrêter de fumer, et en attendant cette solution miraculeuse qui ne viendra jamais, les fumeurs continuent à fumer… Et, bien-sûr, à en mourir! 70.000 par an rien qu’en France, 190 par jour! C’est un peu plus que la grippe A ou pas A, non?