Le niveau de vie par génération baisse : un tabou brisé par l’INSEE
Exclusif - Le pavé dans la mare est passé quasi-inaperçu : depuis 1945, le niveau de vie par générations décroit en France! Et schématiquement, 2009 oppose deux France. L’une âgée et aisée, celle des grands-parents. Et une “autre” appauvrie, celle des parents et enfants. L’information est officialisée du bout des lèvres par l’INSEE dans une étude “Les revenus et le patrimoine des ménages” qui apporte déjà son lot de malaise. Un cinquième de 18-24 ans sous le seuil de pauvreté; des familles monoparentales (mère-enfant) massivement dans la misère; 8 millions de pauvres en tout, désormais. Bref… il fallait naitre en 1945!
Des jeunes pauvres dans un pays de vieux aisés? C’est une caricature facile mais elle prend du corps avec l’édition 2009 du rapport “Les revenus et le patrimoine des ménages” par l’INSEE (dont le résumé est ici). Une radiographie de la société actuelle, tout autant qu’un kaléïdoscope : les choix de traitement selon les médias sont divers… mais un point étonne, surtout dans le débat récurrent sur un possible “conflit générationnel” : nul ne relève cette petite phrase de l’étude, en haut de la page 14, qui devrait pourtant faire parler d’elle : “La génération 1945 est la dernière pour laquelle le revenu par UC est supérieur à celui des générations précédentes“. Reformulé, cela signifie que pour tous ceux nés après, le “niveau de vie” ne monte plus par rapport aux générations précédentes… mais descend !!!
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Ce critère de “niveau de vie” selon l’INSEE est un peu complexe : il rapporte le revenu d’une foyer à ses membres (ces “UC” justement : ou unités de consommation) en leur attribuant des coefficients dégressifs selon le nombre et l’âge qui s’additionnent avant de diviser les ressources. Le “revenu par UC” depuis 1945 n’est plus supérieur à celui des générations précédentes signifierait au mieux qu’il est égal, mais au reste de l’étude (voir plus loin), il est clairement moindre.
2009 : la belle époque des retraités
ou des “proches” de la retraite…
Le Monde titre “Un jeune adulte sur cinq est pauvre en France“, et écrit quelques lignes plus tard : “Avec 17.760 € annuels, ce sont les 18-24 ans qui ont le niveau de vie le plus faible“, alors qu’il est “à son maximum dans la tranche d’âge 55-59 ans (plus de 24 000 €)” et que “pour les plus de 75 ans, ce niveau de vie (plus de 20 000 €) est proche de celui des quadragénaires et supérieur à celui des trentenaires“.
Ce sont les deux aspects à rapporter ensemble : cette situation d’un cinquième de la jeunesse (amortie dans une moyenne)… et le contraste des générations (cette fois, par moyennes): les niveaux de vie des inactifs sont globalement supérieurs à celui des Français dans la force de l’âge, eux bien en retrait. En se rapportant directement page 11 de l’étude, on verra que les 60-74 ans… sont très largement au dessus de 30-50 ans, etc. Pas besoin de dessin : le graphique est très parlant.
Partons du niveau de vie médian : 17 600 €, soit 1 470 € mensuels. Attention, il s’agit bien d’une valeur médiane, pas d’une moyenne : les 17.600 € de niveau de vie séparent les Français en deux groupes de même effectif. C’est-à-dire que 50% gagnent plus, 50% gagnent moins. Bonne nouvelle tout d’abord… comparé à 2005, ce niveau de vie médian est en hausse de 1,7 %. Autre bonne nouvelle, les 18-24 ans, avec 17.760 € annuels, sont juste au dessus.
17,7% des enfants vivant chez leurs parents
sont sous le seuil de pauvreté
Mais c’est alors qu’apparaît cette autre donnée : c’est chez les 18-24 ans que le taux de pauvreté est le plus élevé : 21 %. Un peu plus qu’un cinquième de cette catégorie vit donc sous le seuil de pauvreté, défini à 880€ par mois en 2006 (contre 865 en 2005). Cette pauvreté s’atténue chez les 25-29 ans proches de la valeur moyenne nationale.
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A noter : l’étude évoque aussi un “seuil de pauvreté absolue” à 736 euros mensuels pour une personne seule de moins de 65 ans
Le Nouvel Obs s’appuyant sur la dépêche AP, précise pour cette année de référence de 2006 des taux de pauvreté “des enfants et des étudiants vivant chez leurs parents” à respectivement 17,7% et 18,2%. C’est bien au-delà aussi de la moyenne: ces 13,2% de la population, en tout, qui vient sous le seuil de pauvreté soit 8 millions de personnes.
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Le taux était de 11.7% en 2004 soit environ 7 millions de personnes… l’impact de la crise peut laisser craindre de ce côté une explosion dans les prochaines mesures statistiques, toujours différées, d’autant qu’il “est prématuré de dire que le pire de la crise économique est passé“, selon le chef du département Conjoncture de l’Insee, justement, interviewé par Capital.fr
Mères célibataires
…dans la misère !
Dans un bref article, Le Post insiste de son côté sur l’inégalité familiale “plus d’un tiers des personnes « pauvres » vivent au sein d’une famille monoparentale“, dans 85% des cas composée “d’une mère et de ses enfants“… tandis que “les ménages les moins touchés par la pauvreté sont les couples sans enfant.” Une donnée massive qui ne semble toujours pas faire écho dans les grands débats nationaux.
Euroinvestor reprend la dépêche Reuters sur le sujet et fournit d’autres perspectives sur la même étude : “Les 10% des personnes les plus modestes avaient un niveau de vie inférieur à 9.720 euros tandis que celui des 10% les plus aisés était supérieur à 33.190 euros, soit 3,4 fois plus“. L’article insiste, à son tour, sur les 50-59 ans “les mieux lotis“, l’expliquant tant par les revenus maximum dans les années précédant la retraite (plus de ressources), et le départ des enfants du foyer (moins de charges).
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Des critères renforçants seraient à confronter : la réduction ou la disparition des charges immobilières et les revenus complémentaires de produits financiers ou de revenus immobiliers dont l’âge rend plus fréquemment détenteur etc.
Dans un article titré “La France comptait déjà 8 millions de pauvres avant la crise“, Capital.fr ajoute “entre 2002 et 2006, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de 14%. Soit un million de plus.” En consultant l’étude p.12, on voit qu’en 1996, ce taux était de 13,5, et que diverses simplifications justifient d’un deuxième regard. “La période 2002-2006 tranche avec les années 1997-2002 marquées par une forte croissance économique, de nombreuses créations d’emploi et une réduction de la pauvreté,‘” y lit-on.
D.B.
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La totalité de l’étude INSEE se télécharge ici, en pdf.
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Voir également sur l’article du Figaro soulignant des disparités catégorielles : “Dans un ménage où le chef de famille est employé, le revenu disponible du ménage s’élève en moyenne à 24 470 euros par an. Ce chiffre atteint 33 510 euros pour un ménage dont la personne de référence est agriculteur, 48 800 chez les artisans-commerçants-chefs d’entreprise et 56 000 chez les cadres” et se complétant de cet autre article : “Le nombre de foyers surendettés explose“
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