Obésité, tabac, mortalité
Un “gros” IMC équivaut au tabagisme en termes d’espérance de vie : dix ans de moins! Oui… mais, l’aspect sensationnaliste de l’étude publiée par The Lancet masque les zones d’ombre et les zones d’espoir, et déforme même dangereusement la pensée du statisticien qui l’a réalisée!
Badaboum. Bienheureux les IMC de 22.5 à 25… la longévité maximale leur appartient. En revanche:
- de 30 à 35 d’Indice de masse corporelle, l’espérance de vie se réduit de 3 ans;
- puis de 40 à 50, d’une décennie entière… soit autant qu’avec le tabagisme!
… Et cela peut s’affiner, USA Today écrit ainsi : chaque augmentation de 5 points d’IMC augmente le risque de mort précoce de 30%; un IMC entre 25 et 30 vaut pour une année de moins; etc.
Compilant elle-même 57 études diverses (et portant au final sur 900.000 adultes d’Europe et d’Amérique du Nord) une étude britannique, estampillée Oxford, vient d’établir la norme optimale de l’espérance de vie à un IMC de 22.5 à 25 kilo/m2 pour les deux sexes (24 semblant l’idéal). Chiffres abrupts, statistiques ex cathedra… mais encore ?
L’espérance se regagne!
Premier point. Et sous 22.5 ? Eh bien on ne saura pas trop. L’excès de mortalité sous l’IMC de 22.5 est liée au tabagisme, mais n’est pas « totalement expliquée », indique le résumé (asbstract) du Lancet, pour les anglophones qui voudront consulter la source.
C’est un point inaperçu… mais sans doute significatif (par exemple, des partis pris éditoriaux). Pour mémoire, la corpulence normale inclut la zone 18,5 - 22.5… qui manifestement n’est plus si entièrement « idéale » mais reste bien floue.
Combien d’années alors perdent ces gens “normaux”… qui le sont du coup un peu moins ? Mystère.
Un deuxième point intéressant est souligné par Le Monde (et le plus souvent passé à la trappe par les médias). Il n’y a pas que la perte … mais aussi le regain d’espérance de vie : « D’un point de vue inverse, une personne âgée d’une quarantaine d’année qui parvient à stabiliser son IMC à 28 kg/m2 gagne deux années d’espérance de vie par rapport à une personne qui passerait à 32 kg/m2. Ce gain serait de trois années pour des personnes qui se stabiliseraient à 24 kg/m2. »
Troisième point, de discussion, ce travail qui établit le lien IMC/espérance de vie repose pour une grande part sur des études menées dans les années 1970 et 1980, c’est-à-dire dans un contexte différent… hors la progression du nombre de personnes souffrant de surcharge pondérale et d’obésité (sans évoquer l’impact inconnu des générations actuelles d’enfants sur l’avenir).
Danger : un raccourci trompeur
… sur le tabagisme!
“Si vous vous tendez à l’obésité, maigrir peut être une bonne idée“, estime avec un flegme décalé tout britannique Richard Peto, principal statisticien de l’étude et professeur à l’Université d’Oxford. Mais attention aux contresens, prévient-il régulièrement… et c’est là le quatrième point. Typiquement celui qu’induit ce titre de la pourtant très sérieuse BBC : « le risque de l’obésité rivalise avec celui du tabac » (ou cet autre site qui titre « l’obésité, aussi dangereuse que le tabac »).
Richard Peto insiste sur ce point : « Je pense que les fumeurs reçoivent le mauvais message s’ils continuent à fumer et pensent que c’est l’obésité qui est déterminant. Le tabac importe énormément plus. » Relayant sa pensée, le Guardian écrit : « l’obésité tue, mais elle ne le fera aussi vite que les cigarettes que dans des cas extrêmes. »
…Et à la question, meurt-on plus vite d’obésité que de dix cigarettes par jour, ce site répond avec bon sens que « sans surprise, ce sont les gros fumeurs obèses » qui remportent la course.
D.B.
Zoom morbide
Le Monde apporte des précisions sur la mortalité accrue par le poids : « A partir de 25 kg/m2,chaque palier de 5 kg/m2 supplémentaire correspond à une augmentation du risque de décès par maladie cardiovasculaire ou par accident vasculaire cérébral de 40 %; par diabète, affections rénales ou hépatiques comprise entre 60 et 120 %; par cancer de 10 %; et par maladies pulmonaires de 20 %. »
Le Nouvel Obs résume ainsi : « Les personnes obèses augmentent de deux tiers le risque de mourir d’un infarctus ou d’un arrêt du coeur, elles risquent quatre fois plus de succomber au diabète, de problèmes de rein ou de foie. Même le cancer les atteint plus souvent, à environ 16%. »
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