Héros et anti-héros
Deux faits divers à retardement, et très singuliers, se sont téléscopés en France. D’un côté des enfants héroïques qui empêchent un enlèvement. De l’autre, des adultes voulant se faire justice et lynchant un innocent. Entre ces deux événements exemplaires, un contraste extrême à méditer.
Dans le premier cas, des élèves d’école primaire (CE1/CE2) réagissent à une tentative d’enlèvement d’une fillette de 7 ans, dissuadent et font fuir l’agresseur. Un « cas d’école » titre avec esprit France Info. L’un des enfants, Valentin 8 ans, donne coups de pieds et coups de poings et fait même un croc-en-jambe à l’inconnu!
Des enfants héroïques
Derrière les lauriers tressés par tous les médias, le « petit héros » ne va d’ailleurs pas si bien que ça, façon “Maman, j’ai raté l’avion” : il est désormais angoissé et a du mal à dormir, souligne Le Parisien dont cet autre article tente de répondre à la question « comment expliquer le réflexe collectif et salutaire de ces élèves ? »
Point curieux et inexpliqué, il faudra presqu’une semaine avant que ces événements survenus vendredi 20 mars, au groupement scolaire de Plaisir, dans les Yvelines, deviennent une info à caractère national. Un appel à témoin (téléphoner au 01 30 07 71 30) est désormais lancé pour « un homme de type européen, de corpulence normale, d’environ 1,70 m, cheveux gris-blanc avec des moustaches et un petit bouc. Il portait un chapeau blanc, un haut gris et un pantalon bleu ».
Quand la foule lynche un innocent
Deuxième fait-divers. Curieusement, celui-ci remonte… au 12 mars… et n’est traité nationalement que deux semaines plus tard. A Montreuil, dans le quartier de Bel Air, un homme a été pris pour le « violeur des stades » et battu par la foule. Plusieurs dizaines de personnes le rouent alors de coups de pieds et de coups de poing. Un lynchage qui conduit la victime au bord de l’agonie. Cette victime d’une très vague ressemblance ne doit sa survie (au moins 30 jours d’arrêt de travail) qu’à l’arrivée rapide de la police sur les lieux.
Cinq jours plus tard, le vrai suspect était arrêté et confondu par son ADN. Véronique Bourdais, élue, explique au Parisien l’angoisse à la mairie, entretemps : « On comprenait la peur des parents, on a vraiment essayé de protéger les enfants, en sensibilisant le personnel qui travaille avec les scolaires, mais sans donner de nom ni diffuser de photo, parce qu’une diffusion trop large risquait d’entraver l’enquête et de créer cette panique qui aurait pu aboutir à d’autres drames ».
Attention à l’auto-justice
Deux faits divers bien distincts dont les contrastes sont frappants. D’un côté, la réaction à une situation réelle immédiate. De l’autre, le dérapage passionnel de foule, sans preuve réelle, ni péril immédiat. Deux aspects à bien distinguer : l’interposition ou l’aide à la personne en danger (voire la légitime défense) et la tentation de faire justice soi-même qui est réprimée par la loi. Pas d’héroïsme de ce côté-là (non plus que dans l’indifférence - voir encadré).
D.B.
A lire : le rappel d’un fait-divers en Grande-Bretagne qui avait tourné à la chasse à l’homme en 1998 (article : « la presse à sensation appelle au lynchage des pervers pédophiles »)
A voir : la vidéo d’une « arrestation citoyenne » aux Etats-Unis, document traduit par l’équipe des Observateurs de FRANCE 24 qui « démontre toutefois les risques de ce type d’auto-défense, où le lynchage n’est jamais loin »
L’indifférence en toile de fond?
Des enfants qui réagissent héroïquement… cela fait naturellement sensation. Sans doute, plus encore en raison d’une indifférence des témoins en toile de fond de nombreux faits divers, aspect qui apparaît régulièrement, comme ici ou ici. Un contrepoint qui ne concerne pas seulement la France, lors d’agressions (ou même d’accidents).
Un sujet aussi côté adolescents, témoins par exemple de jeux dangereux ou de violences dans le cadre scolaire, milieu où selon cet article de sciences humaines : « ce sont les jeunes eux-mêmes qui sont les premières victimes de cette violence, bien plus que les adultes des établissements. Certains sont victimes de ce que les Anglo-Saxons appellent le « schoolbullying », c’est-à-dire un harcèlement fait de brutalités et d’insultes quotidiennes, d’une suite continue de ce que l’on nomme aussi des « microviolences ».
Paradoxe : pourquoi les gens portent d’autant moins secours à une victime d’agression qu’ils sont eux-même nombreux? C’est le sujet de cet article de fond sur « l’effet spectateur » : (ou syndrome Kitty Genovese, source d’inspiration pour le romancier Didier Decoin).
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