Hadopi… et voici la “mal-culture”?

La Tribune de Genève résume dans les grandes lignes “l’unanimité que fait contre elle la loi Création et Internet”… “à l’exception des industries de la musique et du cinéma” (dirigeant étonnamment la charge… contre le président!)

Un spot militant radicalement anti-Hadopi fait son apparition sur Dailymotion.

Quelques voix puissantes du cinéma se font (enfin?) entendre pour s’opposer à Hadopi, désormais dans les starting-blocks. D’autres, inattendues, se désolidarisent à retardement.

… Un deuxième temps semble s’ouvrir sur ce dossier hyper-sensible et aux conséquences tous azimuts. Il laissera certainement des séquelles durables… notamment dans les relations “industriels-consommateurs

Il semble bien ainsi que les Internautes soient à deux doigts d’inventer une “mal-culture“,  à mettre aux côtés de la malbouffe… à moins  que ce procès d’intention ne soit d’abord dégainé par le camp adverse. Il y aurait d’ailleurs une vraie richesse à fouiller cette métaphore…

Treize cinéastes, producteurs et acteurs (dont Chantal Akerman, Victoria Abril et Catherine Deneuve) viennent de rédiger une lettre ouverte, parue dans Libération (mais mise en ligne sur Ecrans.fr) pour exprimer leur opposition à Hadopi, ce “mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux.

Auteurs et artistes

contre industrie (…culturelle)

Nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous,” expriment-ils tout en reconnaissant partager une “angoisse légitime“, “celle de voir les œuvres dévalorisées et ­dégradées par leur diffusion piratée sur ­Internet“.

Mais ensuite, les auteurs de la missive se désolidarisent d’Hadopi : de son  “lobbying massif“, de “la présomption de culpabilité”, et de sa “double peine” devenue une “réalité envisageable“:

  • une loi “démagogique, techniquement inappli­cable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive” qui est aussi un “rendez-vous manqué“;
  • un “dispositif essentiellement conservateur, ­liberticide et démagogique qui ne s’attaque à aucun des enjeux réels de la révolution numérique et ignore ­volontairement les intérêts du cinéma d’auteur“.

Cela rejoint l’opinion d’une majorité d’internautes pour qui le futur système est inacceptable... quoiqu’il faudra bien faire avec dorénavant… A tout le moins dans le délai qui sera nécessaire pour que ce système fasse ses preuves d’efficacité… ou d’inefficacité… voire pire.

Polémiques à sensation à l’horizon

On lira ici une mésaventure tout à fait récente  suscitée par l’apparition erronée d’une adresse IP (localisation sur Internet sur laquelle Hadopi se base). On verra là-bas qu’Hadopi posera également des soucis au monde de l’entreprise, point soulevé un peu à retardement. On pourra aussi revenir un peu en arrière sur le Bloob et s’interroger sur le fait que les ados et enfants, pourtant ciblés au premier chef, n’ont pas même été évoqués… pas plus que l’impact de leur fait, d’une punition collective infligée administrativement à leurs parents.

Cette répression familiale, potentiellement dramatique, sera peut-être évoquée en revanche dans un mois, lors du débat sur le télétravail, souvent à domicile (l’on se rappellera sans doute opportunément que les familles utilisent une seule adresse Internet). Ou peut-être qu’à l’inverse, on arrivera un jour à écrire des articles enthousiastes, positifs et lucides (comme celui -si propre sur lui- du journal Le Monde  sur les progrès en anglais des ados regardant des séries en V.O. grâce à Internet)… sans tourner autour du pot du comment (téléchargement en P2P - ou bien direct download ou streaming, non réprimés pour le moment).

Mal-culture contre mal-culture

C’est une crise culturelle. Ce n’est pas assez dit. Sans même de mauvais esprit, il est évident que ce sont bien l’innovation, la recherche, la créativité, la volonté d’aller en avant, et non le passéïsme crispé (sur des positions de toutes façons condamnées) qui l’emporteront. Il serait grand temps de ne plus considérer les Internautes comme des pirates, avec qui ils ont tellement peu à voir : ni brutalité, ni malveillance, ni enrichissement etc.

Alors quoi, quand c’est si beau, si naturel, quand cela va de soi… la gratuité… mais dans les musées. Mal-culture… alors?

Internet est non seulement jeune encore, mais  également l’affaire de jeunes… dans une société qui est elle, vieillissante… (et dans ses représentations plus encore.) Alors que l’on quitte la civilisation de la voiture toute puissante, et que l’on entre encore dans celle des réseaux numériques, aurait-on imaginé 16 députés seulement pour voter une loi… mettant en cause le permis de conduire?

Evidemment aussi que la loi suscitera en plus des formes de délinquance, de contournement, de dérapages et qu’elle forgera elle-même une “mal-culture“, une de plus. Comme l’on pourrait dire… des couches, sous-couches et sur-couches… ne s’établissant ni les unes, ni les autres, sur des rapports sains. La défiance, comme forme culturelle, ceci à supposer que la culture soit en rapport même vague avec le modèle social ambiant, la référence d’appartenance, l’identité partagée… Des bricoles…

C’est difficile de ne pas avoir la sensation d’un immense gâchis… qui laissera des traces, même sur la solution alternative et  toujours possible d’une licence globale.

D.B.

Pirates : l’âge du berceau?

Un peu de Science-fiction : on peut imaginer… un monde d’industrie répressive auto-dénommé “culture” contrôlant administrativement toute action individuelle, tout contenu d’ordinateur, toute communication… à charge pour les universels suspects de prouver leur innocence (l’indifférence totale par rapport à des supports obsolètes ou le refus de polluer par ce qui n’est qu’emballage ne sont pas des excuses)… un monde où toute notion de partage, de cadeau, de découverte est interdite et réprimée (sauf à payer des droits sur ces idées elles-mêmes à leurs justes détenteurs sous copyright ou label d’Etat)… un monde où l’on revient aux 78 tours, voire aux chanteurs des rues, pour s’encanailler… mais avec d’abord une inspection dans les étages de toutes les cours, et jusque dans les chambres… car un pirate n’attend pas l’âge du berceau. Et Jordy, 4 ans à l’époque, reste un étalon immémorial de l’art, avec un grand A.

Public - moi non plus?

En attendant, à titre d’amusement ou de réflexion, il est intéressant de voir que le site J’aime les artistes, suivant le système contributif “Web of trust”  (le web de la confiance - WOT) a désormais… mauvaise (sinon très mauvaise) réputation en “crédibilité, fiabilité commerciale, confidentialité et sécurité des mineurs”… ce n’est qu’un aspect anecdotique, mais il peut effectivement laisser présager d’un fossé croissant entre les internautes et les “artistes institutionnels“, pour ne pas dire industriels…Verra-t-on bientôt des internautes brûler leurs CD et DVD en autodafé spectaculaires?

Honore les arts… (c’étaient les corons)

Un grand article assez complet “Non, le piratage ne tue pas les artistes” est paru dans Marianne, édition du 4 au 10 avril, mais cette (demi) évidence manque d’un complément : toute évolution technologique met en péril les industries pré-existantes. Elles évoluent ou pas. L’art est un besoin primaire de l’humanité, tout comme manger ou dormir, les artistes non seulement survivront à Lascaux, mais ils inventeront de nouveaux arts, comme ils l’ont fait avec la radio, le cinéma, la télévision ou l’ordinateur. Houla… chose inconcevable rétrospectivement… Homère a  même inventé quelque chose avec… l’écriture! Cette technique froide et distante entre toutes…

(Evidemment, pour croire devant la photographie… qu’il existera des impressionnistes et même des… photographes de talent… il fallait - dans un dix-neuvième siècle agonisant -  un sacré mauvais goût!)

Peau de banal et tarte à la crise

Les industries culturelles connaîtront, qu’elles le veuillent ou non, l’évolution qu’ont connu d’autres acteurs économiques de même nature… car leur prestation est d’abord  industrielle même si elle est, par destination, culturelle. Ah, pauvres fabricants de papyrus… De la même manière, que l’énergie a survécu… pas l’exploitation du charbon.

Un point, peu envisagé mais qui risque de se faire jour de plus en plus, c’est que culturellement… ces industriels sont sur des marchés en (lente) fin de vie, et surtout banalisés. Quel dommage qu’ils n’aiment pas plus, eux-mêmes, les artistes…  Cela ce serait une vraie exception culturelle. Holywood ne s’est fait que d’accueillir tous les talents, quite à les passer à la moulinette.

McDo, c’est de la cuisine

…non c’est Bécassine

Reste qu’un hit-parade ou une série de blockbusters, en formes de hamburgers interchangeables… il est possible également qu’au bout d’un moment ça ne suscite plus un sentiment fervent d’exceptionnalité gastronomique.

Y aurait-il quelque chose de nouveau quelque part? Une 3D numérique, ludique, participative et immergeante, par exemple… où l’intelligence artificielle régissant des univers illimités serait elle-même, l’oeuvre méta-artistique d’un Rimbaud croisé de Chaplin, d’Hitchcock et de Picasso? Ah, non… c’est de la SF? :) Alors, l’art trouvera un genre de feuille blanche.

En attendant, does anybody need another million dollar movie, does anybody need another million dollar star?


 

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