Grippe A, l’épidémie avant la vaccination générale?
Tandis que l’OMS hésite toujours au bord de la phase 6 (pourtant caractérisée) et prépare une échelle supplémentaire de virulence à trois degrés, la France vient d’enregistrer son premier cas de transmission “secondaire” ou “non importé” (c’est-à-dire d’une personne qui n’a pas voyagé mais a été en contact avec un malade confirmé). A l’échelle planétaire, la barre des 20.000 cas sera très prochainement franchie. Et 118 morts sont désormais décomptés. La Grippe A reste une maladie à faible mortalité, mais un directeur de recherche de l’Institut Pasteur lance un pavé dans la mare. Il faudra vacciner toute la France à l’automne. Par l’occasion, un contretemps apparaît entre la survenue de l’épidémie en France, (plausiblement dès la fin du mois) et la mise à disposition du vaccin.
La barre des 20.000 cas approche tandis que les 100 morts sont bien dépassés désormais. Au dernier point de l’OMS, mercredi 3, 19.273 cas et 117 morts à l’échelle de la planète étaient recensés dans 66 pays. L’essentiel des décès s’est produit au Mexique (97), suivi par les Etas-Unis (17), le Canada (2) et enfin le Costa Rica (1). Le Chili y ajoute son premier mort. Soit 118.
L’épidémie atteint à présent l’Arabie Saoudite, la Bulgarie ou l’Egypte (premiers cas déclarés). “Tous les continents sont désormais touchés” écrit Sante Log dans son point général de mercredi. A noter : 339 cas sont désormais enregistrés au Royaume-Uni qui est en passe d’être reconnue (tout comme l’Argentine) en tant que foyer autonome (c’est-à-dire à diffusion locale et non importée), aux côtés des Etats-Unis (10.053 cas) et du Canada (1.530 cas), de la République-Dominicaine, du Chili, du Japon et de l’Australie et du Mexique bien sûr (5 029 cas).
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Des chiffres à prendre, tout de même, avec des “pincettes” désormais, souligne Le Monde. D’une part les USA (la moitié des cas) abandonne une comptabilité précise… d’autre part beaucoup d’autres n’ont pas les moyens d’un suivi épidémiologique efficace.
Vacciner toute la France!
L’hypothèse d’une vaccination de toute la population française, à l’automne, reste à l’étude au ministère de la Santé. (1 milliard d’euros, 100 millions de vaccins, rappelle Doctissimo…) La décision sera prise à la fin de l’été, en fonction de l’évolution dans l’hémisphère Sud (qui est à contre-saison) ainsi que des recommandations de l’OMS.
Cette décision ne fait cependant pas de doute pour cette directrice de recherches à l‘Institut Pasteur (*) interviewée par Le Figaro, certainement l’un des papiers les plus intéressants du moment. Le professeur Sylvie Van der Werf souligne les inconnues de l’évolution du ce virus (que la directrice général de l’OMS Margaret Chan avait qualifié, pour mémoire, de “subtil et sournois“). Se posent les questions des possibles mutations et évolutions de la virulence (le taux de décès est actuellement de 1/1.000) ou de sa transmissibilité.
Il faudra sans doute deux doses de vaccin contre le H1N1 (et une autre vaccination contre la grippe saisonnière). Incidemment, on déduit de l’article un vraisemblable contretemps entre la mise à disposition des vaccins H1N1 (quatre à six mois)… et la survenue de l’épidémie qui devrait toucher “l’ensemble de l’hémisphère Nord” dans un délai plausiblement plus court.
- “Fin juin? Fin août? Fin septembre?“, s’interroge le professeur Sylvie Van der Werf.
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Sur TF1/LCI, le docteur Jean-Marie Cohen, coordinateur national du Grog (Groupes régionaux d’observation de la grippe), confirme. Il se dit “tout à fait d’accord avec l’analyse du professeur van der Werf” ajoutant que les personnes âgées sont peut-être protégées en raison d’une exposition à une épidémie proche en 1948/1949 et rappelant que “la pandémie attendue n’est pas partie pour provoquer une grosse mortalité - c’est-à-dire beaucoup de décès - mais une grosse morbidité - beaucoup de gens touchés“.
Phase “cinq un tiers”,
“cinq deux tiers”…
Petit retour en arrière. Au bilan de l’OMS du 26 mai, la Grippe A avait a contaminé 12.954 personnes et causé 92 décès. 4.500 écoles venaient d’être fermées au Japon, et la question d’un passage en alerte de phase 6 (c’est-à-dire de la reconnaissance d’une pandémie est en cours) devenait insistante (ici sur la Tribune).
Quelques jours plus tôt, sur le Bloob, le 21 mai, avec des chiffres alors légèrement inférieurs, on relevait les premiers diagnostics de personnes atteintes de la grippe porcine sans avoir voyagé à l’étranger. Les hésitations pour une niveau d’alerte de phase 6, expliquait alors le Bloob, sont “liées au système d’alerte même de l’OMS qui repose sur des critères d’extension géographique du virus et non sur sa sévérité“.
- La condition géographique étant désormais remplie, l’OMS travaille désormais à une “échelle de virulence” à trois degrés destinée aux Etats. Elle reposerait sur des ratios entre formes douces “mild” et formes “sévères” de l’épidémie et intégrerait les différences locales de vulnérabilité… tout comme les enjeux et conséquences économiques (voir le papier sur Sante Log). Nous approchons bien d’un passage en phase 6, avait annoncé simultanément ce mardi 2 juin, le docteur Keiji Fukuda (directeur général adjoint - numéro 2 - de l’OMS)
De son côté (même article du Bloob, du 21 mai), Antoine Flahaut directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) et épidémiologiste, expliquait déjà : “il y a bien tous les éléments pour passer à la phase d’alerte 6″ mais le plan pandémique a été construit en s’appuyant sur l’hypothèse d’un “virus extrêmement virulent et un scénario reposant sur l’expérience de 1918 de la grippe espagnole” qui ne correspond pas à notre époque.
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Dans sa dépêche de mercredi 3 juin, l’AFP rappelle justement l’enjeu essentiel sous-jacent : “depuis l’apparition du nouveau virus A(H1N1), les experts de l’OMS craignent un cocktail dévastateur, réunissant les caractéristiques du nouveau virus, très contagieux, et celles du virus aviaire, particulièrement virulent“… Occasion de revenir encore un cran plus loin, au tout premier article sur Bloob “Grippe porcine, une pandémie potentielle?” le 26 avril (article renvoyant lui-même à l’épée de Damoclès d’une grippe aviaire). La phase d’alerte de niveau 5 était décrétée trois jours plus tard par l’OMS… c’était seulement il y a un peu plus d’un mois, le 29 avril.
D.B.
(*) Attention à la confusion relevée sur nombre de sites (exemple) entre l’Institut Pasteur (fondation privée à but non-lucratif) et Pasteur Mérieux (filiale de Sanofi-Aventis)
A lire :
Sur le Figaro, l’interview du directeur de recherches à l’Institut Pasteur: “Il va falloir vacciner tout le monde“
- Sur Santé Log “Grippe A : l’Europe se prépare à la production du vaccin“
- Sur Challenges, un point d’ensemble
- La page du CDC aux Etats-Unis consacrée au H1N1 (en anglais)
Sur le Bloob :






