Figatellu, alerte hépatique à la saucisse traditionnelle
Le figatellu, saucisse traditionnelle à base de foie de porc, est mis en cause à Marseille. Mangé cru, il risquerait de transmettre l’hépatite E, maladie rare en pays développé et le plus souvent bénigne, mais qui, sous sa forme “fulminante”, peut être mortelle. La polémique enfle avec la Corse qui refuse la crise de… foi dans l’emblème gastronomique.
C’est une exclusivité du quotidien La Provence et une vraie bombe gastronomique touchant la corde sensible de la charcuterie traditionnelle méridionale. Manger des figatelli crus peut entraîner une hépatite E. Et dans certains cas (2% selon l’Express qui reprend l’info), cette inflammation du foie peut être mortelle.
Le figatellu est une saucisse traditionnelle à base de foie de porc qui peut se manger crue… ou cuite. Dans le deuxième cas, pas de risque : le virus décède. Dans le premier… il peut se transmettre à l’homme par voie orale, avec des suites potentiellement mortelles (il n’existe ni vaccin, ni traitement - voir encadré).
Voila ce qu’ont révélé vendredi Philippe Colson, virologue au laboratoire de virologie de l’hôpital de La Timone à Marseille, et le professeur René Gerolami, du service d’hépato-gastro-entérologie de l’hôpital de La Conception. Samedi, La Provence est revenue sur l’info, avec un grand article cette fois: depuis trois ans, une vingtaine de cas d’hépatite E sont diagnostiqués chaque année à l’Assistance publique de Marseille (23 en 2008) et deux ont été mortels. “Dans neuf cas sur dix”, ces malades “ne rentrent pas d’un voyage“, a expliqué le professeur Gerolami. “Autrement dit, ils l’ont attrapée ici.”
Et leur point commun? L’ingestion de figatelli crus. “Le foie de porc est un réservoir du virus de l’hépatite E, explique le Dr Colson qui renouvelle l’injonction de cuire les figatelli, mais ne remet pas en cause d’autres produits ou spécialités charcutières “en l’absence d’études spécifiques“.
Sacrilège en charcuterie, pour les Corses
A quelques encablures de Marseille, le sang corse n’a fait qu’un tour en apprenant la nouvelle : “Hurlements tous azimuts du côté des professionnels de la filière porcine, mais aussi des restaurateurs et des Corses dans leur majorité, ” écrit Corse Matin. “Car les propos n’ont pas fait rire. Au mieux, personne n’y a cru. Au pire, ils ont donné envie de transformer la nouvelle en chair à saucisse…“
Le journal insulaire qui pose la question “info ou intox” donne la parole au docteur Bruno Manzi, hépato-gastro-entérologue à Bastia qui rappelle qu’en Europe, l’hépatite E est une maladie rare avec des cas sporadiques: “une centaine en France” contre “600.000 porteurs de l’hépatite C chronique” et juge qu’il y a ici “davantage un effet d’annonce que la validation d’un véritable problème de santé publique“. Réponse du “bâton de berger”… à la bergère? “Quoi qu’il en soit,” dit-il bravement, “je continue à manger du figatellu !” Hum… cuit ou cru?
D.B.
Risque mortel accru chez la femme enceinte
L’OMS consacre une page à l’hépatite E humaine (HEV) dont les symptômes usuels sont: jaunisse avec urines sombres et selles pâles, douleurs abdominales, hypertrophie du foie devenant douloureux à la palpation, perte de l’appétit, fièvre, nausées et vomissements.
Cette maladie est surtout fréquente en Afrique, en Asie et au Mexique. Elle se transmet usuellement par l’eau souillée (contamination fécale). Des produits alimentaires ont également été “mis en cause” dans les cas de flambée majeure. La période d’incubation de l’hépatite E est de trois à huit semaines.
A ce jour, il n’existe aucun traitement ni vaccin de l’hépatite E (dont le diagnostic se vérifie par des examens sanguins mettant en évidence les taux d’anticorps spécifiques). La maladie touche surtout les jeunes adultes entre 15 et 40 ans. Les cas sont d’une gravité très variable : fréquente chez l’enfant, l’hépatite E est souvent “bénigne” et “non diagnostiquée”.
“En général, l’hépatite E est une infection virale limitée dont on guérit spontanément,” écrit encore l’OMS, tout en indiquant un taux de létalité entre 0,5 et 4,0 %, provoqué par des formes soudaines et sévères (hépatite fulminante) touchant le plus souvent la femme enceinte ; l’hépatite E est alors “associée à un taux de létalité de 20 % au cours du troisième trimestre de grossesse“.
Au final : “On ne dispose d’aucun traitement permettant d’infléchir l’évolution de l’infection aiguë, et par conséquent la prévention constitue l’approche la plus efficace contre la maladie.”
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