Emploi : l’argent prime désormais sur tout pour les jeunes
De l’argent et tout de suite! La rémunération est la motivation n°1 des jeunes vis à vis de leurs employeurs, selon l’enquête Cegos (conseil et formation) auprès de 1001 jeunes âgés de 20 à 30 ans. Pour eux, c’est le sens du travail et le critère essentiel pour son choix à l’embauche, puis dans son évolution. Une rupture avec toutes les générations précédentes. Les “Y” (nés de 1980 à 1995) veulent du “donnant-donnant“. Eux ne s’en laissent plus conter… sans compter.
“Qu’on se le dise, les juniors d’aujourd’hui ont assimilé les règles de la vie économique et de l’entreprise,” écrit l’Usine Nouvelle: ils ne marchent plus, comme leurs prédécesseurs (les “X”, voir encadré en fin) aux logiques de l’honneur, de la fidélité, de la “loyauté“… ou du statut social. Travailler? D’abord pour gagner de l’argent : à 64 % des réponses. L’ “épanouissement personnel” n’en regroupe que 15%. Quant-à la “reconnaissance sociale“, n’en parlons plus… à hauteur de 3%, elle ne mérite presque plus d’être mentionnée.
L’argent est devenu “LE critère décisif” dans le choix du travail. Pour la “Génération Y“, travailler est un rapport de consommation. Une constatation valide quelque soit le niveau d’études, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle ou le sexe, chez les actifs hors PME en tous cas (les interrogés travaillent dans des structures d’entreprises de 100 et 5 000 salariés). L’enseignement essentiel, selon Europe1? “Leur faire miroiter des augmentations ou changement de statut à venir ne les intéresse pas. C’est tout de suite ou… Ils quittent l’entreprise sans états d’âme.”
Prends l’oseille et tire-toi
“IIs n’hésiteront pas à quitter l’entreprise si celle-ci ne satisfait pas leurs exigences dès que des opportunités externes se présentent. Le lien affectif avec l’entreprise n’est pas perceptible“, confirme Annick Cohen-Haegel, manager à la Cegos, sur Capital qui poursuit : il s’agit d’une « génération contrat », pour qui le respect de la personne (46%), la convivialité (43%) et la reconnaissance du travail accompli (37%) sont primordiaux. On peut y ajouter que les Y sont sensibles à l’ambiance de travail, première motivation de départ si elle se dégrade.
La vie, c’est la famille…
Le travail, c’est de l’argent!
En cumulant les réponses de rang 1, 2 et 3 à la question “Travailler répond à quel besoin?“, l’argent atteint le score faramineux de 91%, contrastant toujours autant avec les autres réponses apportées. “S’épanouir et se réaliser” atteint alors 53%; “avoir une vie sociale” 48%… et surtout “trouver une place dans la société” (la reconnaissance sociale) : 23%.
A la question “dans la vie, qu’est-ce qui est le plus important pour vous“, les réponses de rang1 donnent 78% à la vie de famille, 6% au travail, 5% (égalité) à l’argent et aux amis. Le cumul des réponses de rangs 1, 2 et 3 donne 91% à la vie de famille, 56% au travail, 45% aux amis et 44% à l’argent.
Les DRH sont désemparés
Une génération “mutante” qui, sans être rebelle, a appris à discuter l’autorité (et n’accepte que ce qui est expliqué). Elle a fait son apprentissage numérique toute seule, attend du “respect” et a plus confiance dans les pairs (collègues) et dans les experts que dans les managers ou pire… les ressources humaines (un “petit dixième” des réponses).
Une vraie rupture promise à surprises… avec la montée en puissance économique des Y au fur et à mesure des départs à la retraite des baby-boomers, puis des X! D’autant que les managers, et les directeurs de Ressources humaines appartiennent à la génération précédente.
Les DRH, consultés dans une enquêtes parallèle, perdent leur latin devant le “trop grand niveau d’exigence” des Y et ce qu’ils jugent “désobéïssance“: rattraper par micro-absentéisme des heures supplémentaires non choisies, entrer en conflit quand le “donnant-donnant” n’est plus respecté, ne pas respecter la confidentialité des informations internes…
Le conflit se fera de plus en plus évident : “Les DRH misent d’abord sur l’image, la notoriété de l’entreprise et le contenu du poste pour attirer les jeunes, ces derniers placent la rémunération et l’évolution de carrière aux premiers rangs de leurs priorités,“ écrit Le Moniteur. Le tout dans un contexte de crise et de crispation sur les salaires!
“Ah que le monde serait doux si les 20 30 ans attendaient moins de leur entreprise,” commente avec ironie L’Usine Nouvelle, terminant d’un “Bon courage !”
Générations X, Y et Z
Les ados d’aujourd’hui forment la queue de la génération Y, âgée de 14 à 28 ans, qui va grosso modo de 1980 à 1995. Elle est présentée ici par Wikipédia . On parle aussi à son sujet de “Net Génération” ou “Génération du Millénaire“.
Ayant grandi dans un monde sans Guerre Froide (affrontement des blocs Ouest-Est : USA/URSS) mais avec le Sida, le PC, le téléphone portable, l’euro et surtout Internet, les Y se distinguent de leurs aînés, les X qui vont de 1960 à 1980 et ont donc de 30 à près de 48 ans. Les suivent, la génération Z, celle qui naît à partir de 1995 et qu’on surnomme pour le moment “Nouvelle génération silencieuse“.
Rien à voir donc avec les chromosomes… et peu avec la prononciation anglaise de “Y” (jeu de mot sur why?) Il s’agit simplement d’une convention, d’un intitulé à la mode, particulièrement dans les services de Ressources humaines et chez les managers, toujours à l’affût d’un intitulé chic et up-to-date.
-
-
Le blog à fréquenter : GenerationY 2.0 tout ce qu’il y a de plus intéressant, en particulier peut-être cet article sur une “fracture numérique” qui “n’a rien à voir avec l’âge” (chiffres à l’appui) et selon lequel “être “Y” c’est appartenir à une culture avant d’appartenir à une classe d’âge“
-
D.B.
L’étude est disponible en pdf sur le site du Moniteur. Il est intéressant de la comparer avec cette enquête à l’échelle de la planète présentant des jeunes “mobiles, loyaux et conservateurs“. Une étude sur 4.200 étudiants de 44 pays qui contraste fortement avec l’enquête Cegos : aucune mention de l’argent, une loyauté acquise à l’employeur, la motivation du développement personnel et de la formation permanente… trois fois plus présente que celle des bonus.
-
Sur Capital, les nouvelles mesures pour soutenir l’emploi des jeunes
-
Sur L’Expansion, le choc des générations (les cinq pièges à éviter à éviter avec la génération Y)







