Dossier médical personnel, le “retour de la revanche”
Cinq années et 74 millions d’euros plus tard, le dossier de santé électronique revient: plus modeste, mieux sécurisé, fonctionnant par le volontariat et visant une échéance de plein fonctionnement à dix ans… Un “grand projet de santé publique” désormais, plutôt qu’une arme d’économies massives de santé. Des expérimentations régionales auront lieu dès cette année et le déploiement débutera en 2010, avec la mise en place d’un tout nouvel “identifiant national de santé“.
Après cinq années de péripéties, le dossier médical électronique lancé par Philippe Douste-Blazy trouve un deuxième souffle et un nouveau départ. Le dossier médical personnel (DMP) sera finalement lancé et commencera à être déployé l’an prochain, a annoncé Roselyne Bachelot-Narquin. “A son arrivée au ministère en 2007, la ministre de la Santé avait observé l’impasse dans laquelle se trouvait ce projet,” rappelle France2 et “s’était engagée à le relancer rapidement”.
Ouvert sur la base du volontariat, chez le professionnel de santé ou à l’hôpital, le DMP, système “à la fois personnel et partagé“, selon la ministre permettra à chaque assuré d’accéder électroniquement, par Internet, à ses données de santé et de les “contrôler”. Un “identifiant national de santé“ -différent du numéro de sécurité sociale- sera mis en place; il assurera la sécurité et la confidentialité du système, évitant les croisements de fichier.
“Ce qui est relancé, c’est un projet au point mort” et “le gouvernement en rabat sur ses ambitions,” commente Emmanuel Kessler sur France Info “On passe de l’emballement à la prudence : plus d’objectifs d’économies, un déploiement très progressif, une utilisation facultative. Et un dispositif clairement sécurisé. Pour que big docteur ne se transforme pas en big brother !“
Un grand projet en version plus modeste
La première version sera “sans doute modeste” a prévenu Roselyne Bachelot. L’AFP souligne que “Mme Bachelot a aussi pris ses distances avec l’ambition initiale de faire plus de 3 milliards d’euros d’économies par an grâce au DMP“. Celui-ci “est d’abord et avant tout un grand projet de santé publique“. L’agence relaie la remarque ironique de Christian Saout, du Collectif interassociatif sur la Santé : “C’est donc la quatrième relance à laquelle nous participons“. Le Ciss s’était opposé aux premières ébauches de DMP, en raison de craintes pour la protection des données de santé - partagées par le Comité consultatif national d’éthique et la Commission nationale informatique et libertés (Cnil).
Le déploiement s’effectuera “sur une décennie, voire plus“, annonce Michel Gagneux, le président du Groupement d’intérêt public sur le dossier médical personnel (GIP-DMP), sur le site de l’Usine Nouvelle qui rappelle que le projet initial, annoncé en 2004 pour être opérationnel en 2007, a déjà coûté 74 millions d’euros.
Santé Log revient sur le calendrier d’un lancement contrarié, note que selon un sondage CSA “81% des français sont favorables au DMP” et “près de 60% se disent prêts à ouvrir un DMP dès sa généralisation“, et s’interroge sur la coexistence du DP (dossier pharmaceutique) lancé il y a quatre mois et comptant déjà plus de 3 millions d’adeptes.
- La vidéo du GIP DMP présentant à la fois le système et le sondage favorable
- Le dossier de presse du programme de relance du DMP
D.B.
Expérimentations régionales dès cette année
Le DMP renforcera le rôle du patient comme “acteur de sa santé” et facilitera la communication des données de santé entre professionnels de santé (pharmacie, hôpital, médecins) afin d’augmenter la coordination des soins et leur qualité : il sera accessible par les logiciels professionnels des acteurs de la Santé et leur et évitera toutes les doubles saisies d’information.
La première version du DMP devrait être nourrie, “en fonction de la capacité des professionnels et des établissements de santé à l’alimenter en données“, des données relatives aux antécédents et aux allergies, aux prescriptions médicamenteuses, aux résultats d’examens de biologie et de radiologie, aux comptes-rendus de consultations et d’hospitalisation. Elle permettra la réception automatique des résultats d’analyse et des échanges dématérialisés avec le médecin traitant, elle rappellera les vaccins, intègrera des programmes d’accompagnement thérapeutique…
Dès cette année, des expérimentations “dans le cadre d’une conduite de projet nationale, homogène, rigoureuse et cohérente” seront relancées en région (Aquitaine, Franche-Comté, Picardie, Rhône-Alpes…) notamment pour tester des “services spécialisés à forte valeur médicale“: mise à disposition d’une synthèse de chaque patient, suivi du diabète, dossier communiquant de cancérologie (DCC), prescription électronique de médicaments, mise à disposition des radiographies et DMP de l’enfant.
Une Agence pour les systèmes d’information partagés (Asip) sera également créée ; un appel d’offres entre les grandes sociétés de service informatique françaises sera lancé.
Le communiqué sur le site du Premier ministre insiste sur la priorité donnée “à la sécurité et à la confidentialité des données, gage de confiance des usagers“. Une concertation publique sera organisée sur le site internet du Gip (groupement d’intérêt public) DMP jusqu’à fin mai, afin de “compléter l’ensemble du plan de relance consacré au DMP et aux systèmes d’information partagés de santé“.
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