Obésité ou régime de printemps, ne pas confondre
Alli n’est pas la clé inespérée du petit régime de printemps mais un médicament anti-obésité qu’on ne peut pas prendre à la légère. C’est en substance le message que martèle l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), juste avant la mise à disponibilité du public, sans ordonnance, de cette pillule mise au point par les laboratoires GSK… déjà accompagnée d’une longue polémique.
Cette mise en rayonnages pharmaceutiques, derrière le comptoir, aura lieu fin avril/début mai, c’est-à-dire en pleine saisonnalité de la chasse aux petits kilos de l’hiver... La tentation sera grande certainement pour nombre de lectrices de la presse féminine croyant à une voie de facilité - à un raccourci vers la silhouette des plages - d’utiliser Alli comme un amaigrisseur astucieux. La confusion dans l’esprit du public risque d’être d’autant plus grande que des sites Internet étrangers vantent un “produit miracle” (il faut dire qu’au même moment, la vente de médicaments sans ordonnance sur Internet, par des pharmacies en ligne, est autorisée en Belgique).
Jean Marimbert, directeur général de l’Afssaps a souligné qu’il serait vigilant sur les “risques de dérives et d’écarts“. Pour mémoire, la France était hostile à la distribution hors prescription médicale (autorisée par la Commission européenne en début d’année) de cette version demi-dosée du Xenical (orlistat), vendu lui sur ordonnance depuis 1998 dont par ailleurs Philippe Lechat, directeur de l’évaluation des médicaments et des produits biologiques à l’Afssaps, a rappelé “l’efficacité modeste“ (médicament faisant perdre au maximum 5 kilos, effet placebo inclus).
==> Les documents de la Matinée de la presse de l’Afssaps sont disponibles ici, notamment la communication de Philippe Lechat et Anne Castot : “Médicaments utilisés dans le surpoids et l’obésité : quels bénéfices attendus, quels risques“, suivie de nombreuses annexes : préparations magistrales, anorexigènes, Orlistat (Xenical), Rimonabant (Acomplia), sibutramine (Sibutral). Comment ça marche insiste avec pertinence sur l’accompagnement global de l’obésité “sur le long cours, pour obtenir des effets durables”
Anne Castot, en charge de la surveillance des risques des médicaments à l’Afssaps explique sur France-Info “Alli, c’est uniquement en cas de surpoids excessif, et uniquement aussi pour les obèses. Mettre à disposition Alli sans avoir recours à une prescription nous semblait opposé à nos principes de santé de public. Nous espérons beaucoup du conseil officinal, du pharmacien (…/…)”
Sur la sellette ou à la selle?
Destination Santé évoque une « arrivée sous haute surveillance : pharmacovigilance renforcée avec nomination d’un centre régional chargé du suivi national du produit, mise à disposition des pharmaciens d’une fiche d’aide à la dispensation et « envoi d’une lettre d’information aux médecins dans le même esprit »
Les pharmaciens pourront-ils bien veiller à ce que ce limitateur de l’absorption des graisses ingérées soit bien utilisé et par les bonnes personnes? C’est-à-dire par des adultes pour commencer et d’un IMC de 28 kg/m2 ou plus ensuite. Hors grossesse, allaitement, interactions médicamenteuses? Ou bien les risques de diarrhées, flatulences, incontinences provoquées par Alli hors d’un régime pauvre en graisse déballonneront-ils les interrogations sur le contexte d’auto-médication?
D.B.
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