« Je ne suis pas alcoolique » L’enfer du binge drinking

couverture-super-biture.jpgPour faire la fête, pour s’amuser, par ennui ou par défi, pour faire comme les autres, de plus en plus de soirées sont très arrosées. Beaucoup trop. Le but est boire beaucoup, le plus vite plus possible, pour atteindre une ivresse intense. C’est le « binge drinking » ou la « biture express ». Le lendemain, on raconte les « exploits » dont on se souvient, c’est le black out total ou on préfère oublier ce qu’on a fait. Jusqu’au moment où tout dérape. « Super biture, mon enfer dans le binge drinking », est le témoignage dur et touchant d’Hugo L. qui paraît jeudi prochain. Il nous invite à réfléchir sur les conséquences dramatiques de cette pratique que l’on préfère croire anodine. Hugo, 17 ans au moment des faits, a goûté aux dangers de la « biture express ». Aujourd’hui, encore meurtri par son expérience, il ne souhaite pas être reconnu. Quels sont les dangers réels qui se cachent derrière ces bitures express ?

« Je ne suis pas alcoolique, je le sais, je le sens. Moi je ne fais que m’amuser. »

« Hugo à la fois tort et raison. Il n’est pas alcoolique mais il a un sérieux problème d’alcool » souligne le docteur Bernadette Oberkampf, auteur de la postface de l’ouvrage. En effet, il n’y a pas nécessairement de dépendance à l’alcool. « Le binge drinking est avant tout une pratique de sociabilisation où les jeunes testent entre eux leurs propres limites » précise le docteur Oberkampf. Les jeunes boivent entre eux à l’occasion d’une soirée. « C’est pour s’insérer dans un groupe, pour prouver aux autres qu’il existe, qu’il peut résister à de fortes doses, que le lycéen accepte de pousser toujours plus loin les jeux d’alcool et s’interdit d’avouer qu’il a déjà trop bu et qu’il vaudrait mieux arrêter » explique le docteur Oberkampf qui ajoute « c’est la difficulté de la prévention du binge drinking : ce comportement à risque est avant tout un mode de vie, une nouvelle manière de s’amuser entre jeunes ». Mais attention, si les adeptes du binge drinking ne sont pas forcément alcooliques, cette pratique facilite l’installation d’une dépendance à l’alcool. « Je vois des patients alcooliques à 20 ans, alors que mes plus jeunes patients avaient 40 ans il y a dix ans » souligne le docteur Michel Reynaud, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif.

Quand est-ce déjà trop ?

L’étude Escapad de 2005 menée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) montre que si la consommation d’alcool chez les jeunes est en recul, les ivresses aiguës plus ponctuelles et violentes sont elles en augmentation. On considère que le binge drinking commence à partir de cinq verres d’alcool (bière, vin, alcools forts) dans la même soirée pour les garçons et quatre pour les filles. Selon les résultats de l’enquête Escapad, 55,7% des garçons déclarent avoir dépassé ce cap dans une soirée du mois précédent. Pour la plupart, il ne s’agit que de fêtes occasionnelles mais certains, comme Hugo, multiplient les soirées. Ainsi, 2,2% des jeunes de 17 ans reconnaissent avoir abusé de l’alcool plus de 10 fois dans le mois précédent. Un soir sur trois! Entre 2004 et 2007, les hospitalisations pour ivresse chez les moins de 15 ans ont augmentées de 50%.

Tu t’es vu quand t’as bu ?

Les jeunes et leurs parents sous-estiment les risques multiples du binge drinking parce que l’alcool semble inoffensif et marrant, surtout comparé aux drogues douces ou dures. Une gueule de bois est presque un rite de passage que tous les parents ont eux-mêmes expérimenté. « Il faut que jeunesse se passe » comme on dit. Sauf que les conséquences de l’ivresse ne se limitent pas toujours à des anecdotes avec un arrière-goût un peu honteux dont on rit le lendemain. Avec la biture express on peut se sentir tellement libre de tout faire que l’on perd le contrôle au point de devenir impulsif et violent. Accident de la route, viols, bastons, des mots que l’on regrette, des rapports sexuels non protégés consentis sous le coup de l’alcool, et avec eux le risque non seulement de regretter le lendemain mais aussi de s’exposer à des maladies sexuellement transmissibles. Et le coma éthylique. On tombe dans les pommes. Difficulté respiratoire, chute brutale de la tension et hypothermie (non, l’alcool ne tient pas chaud) doivent être prises en charge rapidement. Faute de quoi, on peut mourir seul, victime d’un excès d’alcool comme cette ado américaine, retrouvée trop tard dans la rue.

En lisant le témoignage d’Hugo, on ressent à quelle vitesse, de soirée en soirée, on peut s’enfermer dans une pratique finalement alors plus solitaire que conviviale, n’en déplaise aux adeptes des jeux à boire. « 17 ans, Terminale ; des bons potes, et Clémence, une fille de Première, merveilleuse, pas comme les autres… Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais il faut que vous le sachiez, j’ai été le roi de la biture express, et aujourd’hui, je vis un enfer ».

A lire : « Super Biture, mon enfer dans le binge drinking », Hugo L., éditions Jacob Duvernet, 16,50€

 

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