UFC-Que Choisir : colère contre la “charte” publicitaire

Olivier Andrault, de l’UFC-Choisir est scandalisé par le coup de théâtre: le petit monde audiovisuel et agro-alimentaire resterait donc entre soi, s’auto-régulant au principe qu’on n’est jamais mieux surveillé (ni servi ?) que par soi-même ?

marieeLa messe est-elle dite ? En tous cas, l’AFP l’a retransmis dans toutes les bonnes rédactions de France et de Navarre : « Publicitaires et professionnels de l’audiovisuel ont signé mercredi une charte pour promouvoir une bonne nutrition, face à l’épidémie d’obésité, mais sans limiter les publicités alimentaires destinées aux jeunes. »
Pas de limitation aux publicités, donc, mais une démarche « qualité » des industriels. Pas de réglementation non plus, encore moins d’interdiction… mais une « extrême attention » d’un gouvernement sanctifiant le tout qui a pu apparaître comme le porte-parole de ladite charte (l’article d’actu du Bloob est ici)

Manger son chapeau

cigare« Un rideau de fumée… scandaleux !… un gouvernement négocie l’abandon de ses propres prérogatives !!! » Olivier Andrault, chargé de mission Alimentation de l’UFC-Que Choisir (voir ici) fulmine. « Rendez-vous compte, cette charte serait valide pour une durée de cinq ans, à la condition que les pouvoirs publics ne règlementent pas… C’est sa condition. Noir sur blanc !!! » Plus que la confusion des genres, il y a ici, selon lui, du « contre-nature ».

De l’eau a coulé sous les ponts (et des torrents de budgets publicitaires dans les caisses) depuis qu’en février 2008, Roselyne Bachelot annonçait…

- soit une moralisation de la publicité alimentaire pour enfants à la télévision…

- soit sa réglementation pour octobre de la même année (voir l’encadré en fin de cet article).

erk1Nous voici en février 2009… Entretemps, on a obligé le ministère de la Santé à « manger son chapeau » selon Olivier Andrault, le dessaisissant au profit d’un ministère de la Culture s’avérant « celui des médias et de leurs financement »… C’est l’amendement 552 du projet de loi sur l’hôpital (dont on parle ici, ici, ou encore ici) qui aurait forcé les secteurs agro-alimentaire et audiovisuel « à réagir ». Comment ? En somme, par un un « contre-feu » prenant les devants, avant que ne sonne l’ordre du jour parlementaire.

Et pour quelques… secondes de plus

Après des mois et des mois en première ligne du combat pour l’interdiction des publicités alimentaires « trop grasses, trop sucrées, trop salées » à la télé, forçant le camp adverse à reculer « en avril, en juin, en juillet »… Olivier Andrault a vu la semaine dernière le lapin sortir à nouveau du chapeau.

zarbi3« On pensait que c’était fini. Mais non ! Ce n’est pas le cas. Pas du tout. » Et le voila outré par cette charte tout sourire, des bonnes intentions et du bon vouloir, des beaux gestes et bonnes pratiques… ou comme l’eût écrit Voltaire du « tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Le fruit, dit-il à l’inverse, de « toute une stratégie ». Alors l’expert sort sa calculette pour comparer effets d’annonce et mots ronflants avec leurs effets possibles. Un rabais de 60% sur les tarifs d’antenne pour les messages de l’INPES et du ministère de la Santé ? « C’est à ramener aux budgets comparés des intervenants. Celui de l’INPES est 200 fois moindre que celui de la publicité agro-alimentaire. Alors qu’est-ce que cela change en temps d’antenne effectif ? Rien. »

zarbi21Et cette annonce d’une multitude de programmes courts, plus vertueux les uns que les autres, financés par les chaînes et les annonceurs : pas moins de 340 à 470 heures ? Eh bien, deuxième petit calcul… : « si vous ramenez ces heures à leur impact réel sur chaque heure de la totalité des programmes jeunesse diffusés, vous aboutissez à 14 secondes de présence à l’heure pour la totalité ces programmes courts… contre toujours 12 minutes de publicité autorisée. Le plus drôle, si l’on peut dire, étant que ces programmes ne sont soumis qu’à la seule responsabilité rédactionnelle des chaînes.  »

Retro TV Commercial

© James Steidl

La part immergée du mécontentement

Débat clos ? Affaire enterrée ? Pas sûr… pas sûr du tout. Reste évidemment l’amendement d’Yves Bur… Le célèbre « numéro 552 » qui sera discuté sans doute très vivement début mars à l’Assemblée . Olivier Andrault espère (qui sait ?) qu’il pourrait « passer par surprise », puisqu’il est maintenu courageusement par son auteur qui parle de « leurre pour les gogos » à propos de la charte et s’élève nommément contre les lobbies, citant nommément Kellog’s, Nestlé et Danone

miamReste aussi et surtout une cristallisation durable et déterminée d’un pan considérable de la société, à la fois civil, médical et professionnel, autour du sujet… La preuve par un petit coup d’oeil à la liste de tous ceux qui ont pris position, commune ou parallèle, en juin dernier pour la mise en place de procédures de protection des enfants contre le gavage publicitaire ?  Un regard à la liste et… c’est déjà, en soi, un long discours !

D.B.
Publié le 23/02/09
 

Un commentaire

  1. trape
    #1

    Le véritable problème n’est pas dans la publicité mais dans les produits mis sur le marché, à la constitution nutritionnelle parfois discutable, dans le fait que des enfants sont “rivés” devant la TV et trop sédentaires, dans le fait que leurs parents ne le leur aient pas donné une éducation nutritionnelle que malheureusement certains ne possèdent plus. Aucun aliment n’est interdit en soi, question de quantité et de fréquence.

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