Obésité et H1N1
Progressivement le fait statistique s’est fait reconnaître: les obèses, particulièrement d’un IMC supérieur à 40, apparaissent comme un groupe à risque face au H1N1, à la fois du point de vue des complications et du point de vue de la mortalité. A l’INVS comme à l’OMS, un glissement de vocabulaire s’est fait: de l’hypothétique au factuel ou à l’affirmatif. Reste le débat pour savoir si l’obésité proprement dite est en cause, ou bien des pathologies sous-jacentes associées (diabète de type2, faiblesse cardiaque, troubles respiratoires…), car jusqu’alors, face aux grippes saisonnières, l’obésité n’était pas considérée comme un facteur de risque.
Obésité et H1N1, c’est un sujet “serpent de mer“. Il apparaît, disparaît… et il est difficile d’en avoir le coeur net. Ainsi, il est réapparu le 26 août, avec une interview dans Le Monde d’Antoine Flahaut. L’obésité sévère pourrait représenter, selon lui, “un facteur de risque potentiel“. L’éminent spécialiste de la grippe s’appuie sur la description de dix cas sévères de grippe A par les Centres de contrôle des maladies, en juillet (que relayait ici, en anglais, l’agence de presse Reuters).
Juillet, des titres à sensation
L’information avait fait sensation : dans un hôpital du Michigan, sur dix patients atteints de forme très sévère de la grippe A ((SDRA - syndrome de détresse respiratoire aigu), neuf présentaient un IMC supérieur à 30, dont 7 supérieurs à 40. Deux de ces tous derniers figuraient parmi les trois décès enregistrés. (La publication du 10 juillet, sur le site des CDC - en anglais).
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Presque simultanément, l’agence de presse Bloomberg accentuait les interrogations avec une longue dépêche spéculative (en anglais) compilant des indices, reprise par exemple par la RTBF (radio télé belge) sous le titre brutal “La grippe A(H1N1) tuerait principalement les gros“
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Puis le 15 juillet, le New Scientist (magazine de vulgarisation scientifique américain) publiait un article très alarmiste (en anglais). Contrairement à Bloomberg reconnaissant qu’aucune donnée nationale ou d’ensemble n’était disponible et que les preuves restaient “anecdotiques”… le New Scientist se faisait affirmatif écrivant que “les gens en surpoids ont plus de risques de mourir” et plus loin que “l’obésité double le risque de complications”. Le hic se révèlait au troisième paragraphe du texte: la journaliste Debora MacKenzie s’appuyait sur des statistiques non publiées… (et qui demeurent toujours inconnues à ce jour.)
Septembre, l’INVS
franchit le pas
Où en sommes-nous aujourd’hui? Rien d’aussi sensationnaliste. Toutefois, après avoir écrit (31 juillet) que “selon certaines études préliminaires, l’obésité, en particulier sous sa forme extrême, pourrait aussi constituer un facteur de risque de maladie aggravée“, l’OMS est passée du conditionnel au factuel. Malgré une formulation indirecte (une incise), l’organisation reconnait depuis fin août que l’obésité est “fréquemment présente dans les cas sévères et fatals” (communication de “préparation à la deuxième vague“, en anglais, au paragraphe “vulnerable groups“)
A l’INVS, le glissement est plus clair encore. Le 20 août, l’institut de veille sanitaire français publiait sur Eurosurveillance (en anglais) l’article “épidémiologie des cas mortels associés avec la pandémie H1N1” reconnaissant deux facteurs de risque “d’importance particulière“: la grossesse et l’état métabolique avec cette mention essentielle entre parenthèses: “en incluant l’obésité qui n’a pas été considérée comme un facteur de risque dans les pandémies précédentes de grippe saisonnière“.
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Dans une note du 5 août (point 6, conclusion - ici en pdf), l’INVS écrivait encore “l’obésité (avec ou sans diabète) semble apparaître comme un facteur de risque de décès par A(H1N1). Ce facteur de risque n’était pas décrit pour la grippe saisonnière ni pour les précédentes épidémies.“
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Du côté des CDC américains, en point 10# de la page “faits et statistiques” (en anglais), il est reconnu que l’obésité a été notée comme une pathologie sous-jacente chez certains patients de H1N1 hospitalisés. Il est précisé notamment que dans une étude sur 227 patients, 15% d’entre eux présentaient un IMC compris entre 30 et 40 et 8% au-delà. Les CDC font remarquer cependant que beaucoup de personnes obèses souffrent de pathologies sous-jacentes les plaçant devant des situations de risques face à des complications grippales.
Le Figaro, le 25/08, semble donner la tonalité du moment. Les personnes obèses sont bien un “groupe vulnérable“, particulièrement à partir d’un IMC supérieur à 40 - ou supérieur à 35 mais avec des complications. Le dossier reste manifestement sensible.
D.B.
- Sur Sante Log “Grippe A H1N1: 50% des décès sont associés à une maladie sous-jacente“, présentation de l’étude de l’INVS
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En 2005, une étude sur les souris en Caroline du Nord suggérait que les personnes obèses devraient être ajoutées sur les listes prioritaires de vaccinations contre la grippe (”l’obésité peut aggraver la grippe” - en anglais “Obesity may aggravate flu”) - Fin juillet : “Obese people possible high risk of complications from Pandemic (H1N1)” - article du bureau de l’OMS pour la région Pacifique Ouest de l’OMS (certaines populations de la région atteignent des taux d’obésité très importants).






