Choisir fait grossir?

Comment rendre un rat obèse? Avec un buffet à volonté de produits vertueux et équilibrés! C’est plus spectaculaire encore qu’avec un régime “trop gras, trop sucré” à l’américaine. Anecdotique? Pas sûr du tout!

Parmi les diverses causes de l’obésité, la plus simple est rarement l’angle d’attaque: la sur-alimentation, en tant que telle. Non plus la qualité de ce que l’on mange (fruits, légumes… éventuelle malbouffe); la façon dont on le mange (horaires des repas…) ou dont on le prépare (vapeur, friture…); ni encore le manque d’élimination (sédentarité, manque d’exercice…), mais tout simplement la quantité, ce “combien mange-t-on. Et de ce côté, les informations surprennent. Jusqu’à se poser des questions…

Les “bons aliments” pire que les “mauvais”?

Parallèlement à la destructuration des repas et au grignotage “qui augmente le stockage“, apparaissent diverses tendances de consommation alimentaire modernes… convergeant toutes vers la prise de poids par  sur-alimentation. La plus surprenante dans l’exposé de Marie-Aline Charles qui dirige le labo de l’Inserm “Recherches en épidémie biostatistique” (Paris-Sud), est certainement la multiplicité du choix… Même (et plus encore!) quand ce choix est vertueux:

je peux vous dire que le meilleur moyen de faire grossir un rat, c’est de lui proposer un régime “iso-cafétaria”, c’est-à-dire avec des aliments de composition nutritionnelle parfaitement équilibrée, ni gras ni sucré, mais avec une telle variété de choix que le rat est conduit à manger et manger… C’est encore plus efficace que le régime “cafétaria” américain qui est, lui, gras et sucré.

(voir vidéo, à 1′45″ environ)

Vidéo tournée lors du XXIème colloque de l’Institut de formation supérieure biomédicale, à Villejuif, le 28/04/09

Badaboum! Et autant pour les idées reçues: trop de choix avec de “bonnes” choses ferait grossir plus… que trop de choix avec de “mauvaises“. Et juste après apparaît un facteur supplémentaire (en toute fin de vidéo): si l’on alterne le “bon” et le “mauvais” (par exemple pour compenser d’un repas sur l’autre), on agrave la situation. Tout comme le choix trop grand, l’instabilité nutritionnelle est une cause de prise de poids. Elle aussi est à peine évoquée. Manger des produits industriels… puis pour compenser, des produits naturels “vertueux” (fruits, légumes, poissons, viandes maigres); ou encore passer sans cesse de pizza-kebab-McDo au régime méditerranéen? FBIfausse bonne idée…

Les autres tendances relevées durant cet exposé surprendront moins:

- l’apparition d’aliments inadaptés à la physiologie:trop gras, trop sucrés” ou… (eh non!) “liquides!” Comme les sodas bien sûr… perçus comme des boissons, mais à pouvoir calorique détonnant (minimisés par leurs producteurs, dans leur impact, voir par exemple la position de Coca Cola en Belgique). Rarement ressentis pour des aliments caloriques explosifs, les préparations lactées de type frappuccino sur lesquels le Bloob attirait l’attention récemment… ou encore, vus des Etats-Unis, cette soupe Campbell, classée cinquième aliment à éviter pour les enfants par Time (en anglais). Apparait ensuite le Sunny D de Sunny Delight… simple jus de fruit?

- l’augmentation de la taille des assiettes depuis une dizaine d’années, pour faire “plus beau”, est aussi un fait frappant… Effet inconscient: la tentation de la remplir tout simplement, donc de manger plus qu’auparavant. Bel article à ce sujet, illusions d’optique inclues, sur LaNutrition.fr: alors, que choisir… 20 centimètres de diamètre ou 30? Nourriture au centre, ou répartie?

- l’augmentation, enfin et sans doute surtout, de la taille des rations industrielles (qui posent implicitement une norme de quantité), jointe au boom des portions individuelles qui saturent les chariots en hypermarché: chacun son plat, chaque plat plus grand…

On en trouvera confirmation dans ce document de la corporation de l’emballage citant l’ADEME (encore en cache sur google) : de 1994 à 2002, la population augmente de 4% mais les produits alimentaires emballés de 10%… avec un tonnage qui reste stable. L’emballage individuel est bien en plein boom. Du côté de l’évolution des quantités,  certains yaourts, qui en profitent parfois pour être plus gras, illustrent la tendance.

Un effet de sytème!

Il est frappant de voir que ces causes, et le grignotage à son tour, peuvent se mettre en système, s’alimentant et se renforçant l’une, l’autre.

  • On peut mettre en rapport avec la taille des assiettes, le principe du buffet ou du snacking ou l’impact des aliments liquides, renforcé par la mode des verres bas et larges qui augmentent la consommation de 30% et plus (à nouveau sur LaNutrition); on peut mettre en relation le grignotage et les aliments liquides (yaourts à boire en grand conditionnement; milk-shakes…) La taille des rations industrielles (plausiblement vertueuse) influe évidemment sur la quantité d’aliments  ingérés au repas suivant, etc.

L’on peut aussi se poser la question (surtout?) de l’impact de restauration en collectivité sur la base de buffets, a fortiori quand cette restauration est équilibrée… Double question. Question du régime “iso-cafétaria” en soi. Et question par rebond, de son effet en alternance avec l’alimentation à domicile (qui peut être d’un tout autre type).

Madam en short?

Ce sont des vraies questions.  Au moment où Madam (la “machine à décoder les aliments“) de l’Inpes  se fait tailler un short dans les pages opinion du Monde en raison de sa complexité et de son manque de pertinence pour le consommateur… on note des démarches opposées, fondées non plus sur la transformation de tout un chacun en véritable calculette alimentaire, mais sur la modification de l’offre. On y vient… la semaine prochaine! En attendant, on peut méditer sur la “surconsommation passive“, celle où l’on “subit son environnement alimentaire… Il y a de quoi car…

L’épidémie des rats obèses…

a précédé celle des humains!

Il s’agit ici, bien sûr, d’observations en laboratoire, et sur le rat. Et cet animal a peut-être une tendance particulière à l’obésité. Alors, justement, c’est le moment de revoir sur Libération, l’article “Le fléau des rats de labo obèses“,  datant de 1996, et qui se concluait déjà par cette citation d’un vétérinaire:

la chose la plus dangereuse que nous ayons testée sur les rats, c’est un régime parfaitement sain donné à volonté. Nous les avons littéralement tués à force de gentillesse.

Car dans les 13 ans qui ont suivi cet article, l’obésité chez l’homme a bien été déclarée une épidémie… planétaire.

D.B.
 

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