Tounian, l’explosif !
Existe-t-il un délais forcé avant toute sensation de satiété ? Est-ce une donnée utile ? Rencontre avec le professeur Tounian, grand pourfendeur d’idées reçues et de « cacophonie pseudo-savante ».
Ah, ce « chrono de la satiété », ces 15 à 20 minutes pendant lesquelles quoi qu’on mange on ne ressentira pas de “satisfaction” (comme le chantaient les Rolling Stones avec un méga-tube… qui n’était pas digestif ! ) Voila un angle intéressant pour rencontrer le professeur Patrick Tounian (présenté à l’occasion comme « hors normes » et « assez rock’n’roll » - ici par Radio France). Existe-t-il ce chrono ? Le connaître a-t-il une utilité ?
Est-ce un bon point d’appui à mettre par exemple en rapport avec ceci (en français ou en anglais)?
Réponse de l’intéressé ? « Oui, un tel délai existe bien ! » … « Mais est-ce pertinent ? » ajoute-t-il aussitôt les yeux dans les yeux…
Et là, après un silence habile, à la fois malicieux, pédagogique et un rien théâtral, le professeur répond à sa propre question : - « Pas vraiment ! » assène-t-il avec un rien de dépît… Patatras ! (Et malaise fugace de l’interviewer…) Puis le pédiatre et nutritionniste se ranime, comme s’il tendait la main pour un sauvetage, avec cette nouvelle question: … « Mais pourquoi ? »
(Ah non… pas un deuxième silence maintenant… pas le tableau noir ! et pas de piège non plus !!!) On sent poindre le métier d’enseignant comme l’on devine aussi le bretteur, le polémiste…
On comprend à ce moment que le professeur Tounian (qui enseigne le diplôme d’université « obésité de l’enfant et de l’adolescent » et exerce au service de Gastroentérologie et Nutrition pédiatriques de l’hôpital Trousseau)… puisse éventuellement faire se décommander à l’occasion quelques contradicteurs craintifs sur les plateaux télé…
L’exposé peut démarrer, brillant, argumenté, persuasif.
Alors, pertinent… ou pas?
Sur la question elle-même ? Dans le meilleur des cas, la sensation de satiété ne peut se produire qu’un quart d’heure à vingt minutes après le début de l’alimentation que celle-ci relève d’une bouchée de pain ou d’une gloutonnerie débridée… Une quinzaine de minutes, pas avant : « différent de la soif » où la stimulation par neurotransmission s’opère dès que le liquide est dans l’estomac. La faim, elle, met en jeu, elle, des mécanismes qui n’ont pas de message immédiat… Mais ce « chrono de la satiété » devient l’illustration d’autre chose… Retour au problème de la “pertinence”…
A l’écouter, on prend alors le chemin de son ouvrage publié dans la collection « aux côtés des enfants », chez Bayard. Un livre incisif, fonctionnant par moments à la charge explosive, titré aussi rondement que carrément : « Obésité infantile - On fait fausse route ! » Impossible de résumer ces 150 pages en un article. Mais quelques idées fortes structurent l’ensemble. Simples ? Simplistes ? Dangereuses ? Proches du dérapage… ou bien indispensables pour rétablir la balance, pour contrer massivement l’idéologie ambiante implicite du “bien fait pour eux“, celle qui désigne les obèses, aussi bien les enfants, comme des « êtres déficients car incapables de résister à la tentation et la gourmandise » ?
De l’inéquité à l’iniquité…
puis… à la table rase!
Primo, l’injustice faite aux obèses… Phrase clé : « nous ne sommes pas égaux devant l’obésité » : soit l’on est « prédisposé génétiquement » - victime de sa nature avant tout et non coupable de dérèglements -… soit l’on est « pas concerné ».
Cette prise de position radicale, argumentée, sur ce mode « profil génétique ou pas », ouvre évidemment à la discussion (l’environnement obésogène n’est pas nié - au contraire, il devient le révélateur d’une cause).
Posée d’entrée, cette question génétique conduit à
- a) L’obésité ne résulte pas de la faute de coupables, mais d’un déterminisme de victimes.
- b) Il n’y a pas d’êtres « déficients » mais des personnes confrontées à une injustice très pénalisante (favorisée par un environnement global) et difficile à vaincre (également, paradoxalement… à cause de cet environnement qui rejette, exclut et déjuge pour se protéger).
Secundo, un grand choc : l’inutilité relative des préconisations générales sanitaires en matière d’alimentation et de poids… La phrase « seuls les enfants ayant une susceptibilité génétique peuvent devenir obèses » entraîne cette conséquence, citée texto ici : « les autres n’ont aucun risque quelque soit leur façon de s’alimenter, le temps qu’ils passent devant la télévision, ou leur attrait pour le sport. » En clair, ils « auto-régulent leur poids », ils reviennent de manière naturelle à leur référence pondérale… ne stockent pas durablement.
Une manière de table rase très provocatrice qui s’assortit de sacrilèges (le petit déjeûner : un dogme plus qu’un impératif !; les grands slogans insérés dans les pubs : « ambigus, sinon contre-productifs » ; etc) et renverrait nombre de préconisations à de “vrais-faux” débats selon qui elles concernent (…selon donc la prise en compte de leur « pertinence », pour en revenir au début de l’article).






