Ticket anti-obésité

Le programme FOOD d’Accor -Ticket Restaurant- peut-il briser la progression de l’obésité en jouant sur l’offre (sur-alimentation) et la demande (mauvaises habitudes)? Une 3ème voie contre le trop gras, trop sucré, et le “trop”… tout court?


Dans quelle mesure l’environnement alimentaire est-il responsable de la progression de l’obésité? La semaine dernière, le Bloob présentait l’exposé de Marie-Aline Charles sur cinq causes “passives” de sur-alimentation et donc de prise de poids (dont l’abondance de choix, l’instabilité nutritionnelle des aliments et l’augmentation des portions industrielles).

Tutelle industrielle?

Entretemps, les résultats de l’enquête ObEpi-Roche sont tombés, marquant une forte progression de l’obésité en France sur les dix dernières années (14,5% de la population désormais)… et un début de polémique s’est fait jour sur une éventuelle tutelle agro-alimentaire de l’Inpes qui mène les grandes campagnes sanitaires françaises.

  • L’UFC-Que Choisir, son président en tête, montait au créneau pour dénoncer un “démantèlement programmé de la politique de prévention” de l’obésité rappelant que, selon le Canard Enchaîné, trois campagnes TV de santé sur Madam, la “machine à décoder les aliments” ont failli passer à la trappe sous la pression des annonceurs. Point frappant de ces trois publicités (en illustration)… toutes dénoncent implicitement les industriels, qui forcent de manière cachée sur le gras, le sucré, le salé.

100.000 nutrinautes

Enfin, une info est passée quasi-inaperçue: le spectaculaire intérêt du public. En effet, en six mois, plus de 100.000 internautes se sont inscrits à l’étude NutriNet (pour être suivis pendant cinq ans) soit les deux tiers de l’objectif de première année! On en attend d’ailleurs avec impatience les premières infos promises pour la fin du mois (analyse des 50.000 premiers questionnaires sur “l’alimentation, l’obésité, les connaissances nutritionnelles et la perception de l’image du corps” - voir dépêche AFP).

Un géant de la restauration

Dans ce contexte, il est intéressant de revenir sur le programme européen “FOOD” (Fighting Obesity through Offer and Demand - “lutter contre l’obésité au travers de l’offre et de la demande”,) que développe le groupe d’hôtellerie et de restauration Accor, leader mondial des titres de restauration pour salariés (”Tickets restaurant“).

Ici apparaît un troisième sommet du triangle. Non plus le consommateur final, ou l’industriel… mais l’intermédiaire. Et en la matière, Accor est un géant.

Deux tailles de plat

Ce programme qui a remporté un appel d’offres de la Commission de Bruxelles en 2008, lutte précisément contre la surconsommation passive, au travers de l’ “offre“. Ses recommandations:  insérer des légumes dans les plats, favoriser des cuissons et assaisonnements sans matière grasse, offrir des desserts à base de fruits frais… mais aussi présenter deux tailles de plats; servir les sauces séparément (pour les Espagnols) ou réduire les portions de goulash (pour les Tchèques); et placer une carafe d’eau sur la table!

==> 70% des salariés intéressés et  90% des restaurateurs!

  • foodb“45% des salariés déclarent n’avoir jamais entendu parler d’un programme sur l’alimentation équilibrée mais 70% sont intéressés pour avoir plus d’information.
  • Pour la majorité d’entre eux, l’information nutritionnelle présente dans les restaurants est peu claire et difficile à comprendre, mais utile.
  • Côté restaurateurs, 44% constatent une demande croissante pour une alimentation équilibrée, et 90% considèrent qu’ils ont un rôle à jouer dans la santé de leurs clients.
  • La majorité des restaurateurs disposent de peu de moyens pour agir (manque de temps et de budget), mais 79% sont favorables à l’arrivée d’un programme spécifique dans leur établissement.”
Extraits du communiqué Accor Services (en pdf)

Tickets “équilibré”?

FOOD débute véritablement durant ce mois de novembre 2009. Il recensera pour six pays européens, les restaurants et les entreprises acceptant les tickets restaurant (48.500 en France) volontaires pour suivre ces recommandations vertueuses déclinées par tradition culinaire (en France, l’Institut Paul Bocuse est partenaire). Les remontées seront particulièrement intéressantes…

Un combat systémique

La fin de l’article “choisir fait grossir?“  attirait l’attention sur les effets systémiques de la sur-alimentation: chaque élément peut en renforcer un ou plusieurs autres. Utiliser de plus grandes assiettes tend non seulement à augmenter les portions par exemple, mais aussi à développer une alimentation individualisée de type “buffet”, sans doute plus “instable” et plus ouverte aux aliments “inadaptés physiologiquement”. Toutes causes de prise de poids.
Comment rompre le cercle vicieux? Par la “théorie des dominos”: agir sur un élément pour qu’il impacte le suivant. Ainsi si Accor parvient à modifier la restauration des salariés hors domicile (taille des portions, graisse, fruits et légumes, boisson…), on peut espérer une modification en chaîne: des courses en grande surface, de la cuisine chez soi, de l’alimentation des enfants etc.
Ou bien peut-on espérer une lutte d’ensemble, sur tous les fronts à la fois? Pour mémoire, l’exemple “le plus beau” de lutte contre l’obésité, tel que raconté par Jean-Michel Borys, co-directeur du programme Epode, dans le récent rapport au Sénat, sur l’obésité (en page 20 du document pdf consultable ici) a été obtenu par “toute une réorientation des filières économiques, une orientation multifactorielle au niveau de l’ensemble des communautés, et une intervention réglementaire, législative.” A ce prix, la Nord Carélie (Finlande) a obtenu une réduction de 60% de son taux de maladies cardio-vasculaires.
La France ne semble pas mûre pour de telles politiques, c’est le moins qu’on puisse dire (a fortiori, quand on relève que les Finlandais s’attaquaient aux sacro-saints “produits laitiers”, en raison de leurs graisses saturées). En revanche, ne peut-on peut imaginer demain… un programme façon “Accor” lancé dans les cantines de France et de Navarre?
On peut rêver aussi de l’intervention d’un autre intermédiaire de poids: la grande distribution. Et si quelques enseignes se mettaient à réfléchir à une présentation en linéaire favorisant tout simplement une alimentation équilibrée? Qui peut le plus (développer des rayons “diététique”, “bio” ou “commerce équitable”)… ne pourrait pas le moins?
D.B.

fooda

Vidéos: Inpes - Illustrations captures d’écran sur le site Food

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