Que veulent les ados
Bravo à la Défenseure des enfants pour son Forum sur la santé donnant la parole aux lycéens et collégiens. « Ouvrez, ouvrez, la cage aux ados … Et laissez-les parler… c’est chaud ! » Et si on les écoutait un peu… justement ?
Ils en ont des choses à dire. Et elles sont importantes. Par exemple, que sans intervenant “extérieur” aux établissements scolaires, les meilleures intentions des “meilleures” campagnes sont vouées à l’échec : nul élève ne pourra parler, partager, s’ouvrir. Par exemple que la “pression scolaire” est écrasante et contamine la vie familiale. Par exemple, encore, que la dépression les intéresse et les concerne, mais qu’aucune information ne leur est fournie! Ou encore, entre tous les exemples, que leurs parents ne sont pas forcément les relais sur lesquels on semble compter… Oui, bien des choses à dire. Mais rarement on soulève le couvercle des collèges et des lycées. Et plus rarement encore pour en extraire un travail structuré.
Ni leur parler… ni parler à leur place… les écouter !
175 collégiens et lycéens d’Ille-et-Vilaine (le département de Rennes, capitale de Bretagne) ont pu prendre la parole au cours d’ateliers thématiques sur la santé, jeudi 23 février, à l’école des Hautes études en santé publique… Mais (et c’est significatif sans doute !) les étudiants de ladite institution, future élite de santé nationale, brillaient singulièrement… par leur absence.
Autant partir de là, car c’est la preuve aussi que ça ne semble pas si naturel, si spontané en tous cas, d’aller vers les ados eux-mêmes, de leur prêter non seulement « une écoute », mais aussi « du crédit » pour ce qu’ils ont à dire, sur les grands sujets qui les concernent et qu’ils vivent, la santé, pour commencer. (Ceci -et c’est à méditer?- même avec un avenir professionnel à leur rencontre… Et dans un temple!!!)
Deux heures et demi qui comptent
C’est donc d’autant plus méritoire de la part du Défenseur des enfants (une institution originale à connaître au moins en tant que recours - on aura peut-être l’occasion d’y revenir) d’avoir organisé ce grand forum. Une manifestation qui s’inscrit dans tout un cycle en province(s) et Ile-de-France baptisé « Parole aux jeunes » .
A l’issue de tous ces échanges, diverses propositions finales seront proposées aux pouvoirs publics, et espérons-le… mises en place. Voeux pieux ? Pas forcément Dominique Versini, actuelle Défenseur(e) des enfants, s’est initialement distinguée en tant que co-créatrice du Samu Social. Voir son engagement à relayer les propositions au plus haut niveau, dans la vidéo. Remarquable de concentration pendant les débats, elle n’en a pas manqué une goutte… et s’est révélée bluffante à l’heure de les résumer, au pied levé. Mais prenons les choses… par le menu !
Ce jeudi, donc, branle-bas de combat de cars dans tout le département breton (jusqu’à Redon, tout en bas - dont le bourg et les filles furent célébrés par Tri Yann), accueil à 9h00 dans le complexe de haute santé publique, et zou… au boulot ! Cinq ateliers, avec deux animateurs adultes chacun, et deux heures et demi de discussions passionnées, débordantes de propositions et révélant ces problèmes pour lesquels on parle plus souvent aux ados ou à la place des ados… qu’on ne les laisse s’exprimer.
D’abord, abaisser le seuil de pression scolaire !
L’après-midi, séance plénière en grand amphi, avec deux jeunes par atelier, centrant leurs réponses sur des propositions concrètes et mettant régulièrement les pieds dans le plat : par exemple et systématiquement, en évoquant la « pression scolaire » écrasante, permanente, qui dévore « tout le temps quotidien » et exige à la fois des résultats et des décisions d’avenir « angoissantes » (on a peur de « ne plus pouvoir changer »). Une pression pour « faire partie des bons » qui pollue jusqu’à la vie de famille, s’incrustant même dans son dernier sanctuaire : les repas du dimanche. Constat dépité : « alors que c’est le seul moment où on peut vraiment parler aux parents, les histoires d’école y reviennent à chaque fois. »
La connaissance des grands enjeux de santé est globalement bonne ou donne cette impression aux ados… mais tous les jeunes en ont pointé les contradictions. Tout autant, ils en ont souligné les lacunes et la mise en oeuvre insatisfaisante. Oui, en somme, on souhaiterait de vrais échanges y compris au sujet l’alimentation, mais attention « pris sur le temps scolaire », pas sur le peu qui reste au dehors… Idéalement d’ailleurs, on souhaiterait dans chaque établissement, des « ateliers comme ceux de la matinée ».
Des échanges entre soi, animés par des gens compétents de l’extérieur. Constat global : pas si facile de parler avec les parents. Et les parents, d’ailleurs, sont-ils vraiment « informés, compétents, disponibles et ouverts » sur les questions de santé ? Pas sûr à écouter les participants (voir encadré en fin d’article). Pas sûr du tout !
… Ca mérite deux articles et quelques regards en détail : sur l’ “hypocrisie” - sic - des grands messages du “manger-bouger” ; sur l’inadaptation de diverses communications destinées aux ados ; sur la demande de “cours de cuisine” qui apparaît dans le contexte familial actuel; sur les préservatifs, la drogue, les premiers secours… et il faut insister sur cette expression générale : “des intervenants extérieurs aux établissements, svp!”
>> Suite : forum, le débriefing
D.B.
La santé par les parents ? Pas si simple!
Kevin et Cid, 15 et 14 ans, étaient dans le groupe « traitant des drogues, alcool, tabac, cannabis » : « on est concerné ; il y a du cannabis en ville et plein de bars dans tous les villages par chez nous… Plus que de pharmacies… parce qu’il n’y en a pas une ! Non… on n’a pas parlé de binge drinking ». Kevin : « face aux menaces de mort, au coma éthylique, ce serait important d’apprendre la PLS aux élèves ». Cid : « on parle beaucoup des dangers des dépendances, mais jamais de comment s’arrêter ! »

Christelle, 13 ans, participait, elle, à l’atelier « sur la santé en général » : « comment on est reçu dans les hôpitaux, comment ça se passe quand on voit le médecin, ou un psy… Ca peut être plus facile de parler à un psy qu’à ses parents. L’atelier m’a donné l’occasion de parler… mais pas de moi. »
Dylan et Arthur, 15 et 14 ans, participaient à l’atelier Sexualité où ils ont « appris des choses sur la pillule du lendemain, les MST, la baisse de fertilité masculine »…

Tous viennent d’Antrain, petite commune rurale au nord de l’Ille-et-Vilaine et ont jugé le forum enrichissant et intéressant. Après avoir participé aux ateliers du matin, ils ont suivi avec sérieux sur les gradins toutes les interventions de l’après-midi. Ce forum aura été pour eux l’occasion d’ « apprendre des trucs et de se libérer de ce qu’on pense », ce qu’exprime Dylan qui avoue : « on est pas non plus des modèles, faut pas rêver ! » Il ajoute « nos parents ont pas souvent le temps pour discuter de ces sujets ».
Arthur commente : « chaque fois qu’on parlait, ça plaisait aux animateurs ; mais si on parle de sexualité avec nos parents, ils disent qu’on est trop jeunes. » Dylan confirme : « moi, je n’ai rien appris avec mes parents. »
Une manière de demi-conclusion par Christelle ? « Il faut être sérieux tout en profitant de la vie ».






