Retour après la bulle

Voici la suite de notre reportage de la semaine passée à Perharidy, centre de réadaptation alimentaire pour adolescents obèses. Avec un gros plan sur les résultats : un tiers d’élus, un tiers de rechutes, un tiers “sans nouvelles”…

<< L’article de la semaine passée

Après la « bulle »… un tiers d’élus

Les résultats à terme, justement ? Répartis en fait en trois parts égales sur la durée. Une fois de retour dans le monde réel, un tiers des adolescents se stabilisera et un autre rechutera. Le troisième ? Il disparaîtra dans la nature, ne répondant pas aux courriers, échappant aux consultations régulières prévues. Pas de nouvelles ne signifie d’ailleurs pas forcément « mauvaises » nouvelles. On ne sait pas, tout simplement. Le service de réadaptation alimentaire change actuellement ses procédures pour améliorer ce suivi (pas si simple… quand l’adolescent repart à l’autre bout de la région et que l’interlocuteur médical ne répond pas toujours aux correspondances.)

magie« Nous n’avons pas de baguette magique, » prévient le Dr Cécile Aubert-Monot, pédiatre à la tête du service que nous avons rencontrée (vidéos). « Evidemment, rien n’est miraculeux… Il est certain que sur place, il y a un « effet bulle », une protection  du monde extérieur, en particulier du collège d’origine qui est très dur, avec tout ce qui est risée, rejet, isolement…

Pendant tout le séjour, on est à l’abri de tout, des habitudes et du laisser-aller, tout en gardant le lien familial, un week-end sur deux, ce qui est aussi  l’occasion de mettre en pratique les principes d’une meilleure hygiène de vie… Mais après ? Tout le monde est partant, bien sûr, pour maintenir une perte de poids, mais il y a évidemment une grande fragilité lors du retour à la réalité, chez soi, face à soi-même, face aux autres… »

Ne pas se tromper de planète

Les ados sont lucides sur ce point… mais peuvent-ils préjuger à leur mesure de l’impact du retour à la réalité ? Dehors, une fois sortis de la presqu’île magique, la « réalité » attend. En dépît du rêve d’un moment, de ce paradis matérialisé autour d’eux pour quelques mois, c’est bien à eux de persister dans le changement… La réalité ne fera aucun effort, d’elle-même.  Vouloir le croire peut induire un effet trompeur.

cerveauDisparus les petits soins, l’entre soi, l’écoute, l’accompagnement, les séances de rigolade, l’école à soi… Revenus le frigo à portée de main, les éventuelles persécutions par les imbéciles, le possible snacking, le démon de l’inactivité, l’épée de Damoclès de l’ennui… D’où l’importance de maintenir un suivi régulier avec des professionnels (pédiatre ou médecin nutritionniste, ou diététicienne) après le séjour afin de ne pas se sentir «abandonné ».

« Dans tous les cas, avoir pu reprendre confiance, avoir retrouvé de l’estime pour soi-même, ce n’est déjà pas si mal. On voit bien que le poids suit souvent, derrière cette question. Et s’il y a rechute, les outils restent à disposition. Parfois, le déclic peut se produire cinq, six ans, après le séjour. »

D.B.

TEMOIGNAGE, Geoffrey, 14 ans et demi :

« ne plus jamais s’ennuyer »

marche-2« J’ai perdu 8 kilos pile en deux mois. Et je suis là jusque Pâques. » Geoffrey, 14 ans et demi, pèse désormais 93,4 kilos pour 1m76, contre 102,4 à son arrivée. A sa rencontre, on sent qu’il a discuté, rediscuté, réfléchi et re-réfléchi. Convaincant, subtil, mûr… il se montre à la fois solide et fragile.
Epanoui, détendu, il dit, comme une évidence : « je tire un trait sur mon passé ; je recommence une nouvelle vie, sur une bonne base. » Une grande décision surtout : il ne se laissera plus jamais, lui-même, « s’ennuyer » : vivre dans le désintérêt de tout. Le passé justement ? « Peu d’amis ». Une vie à la campagne avec une alimentation « trop calorifique et trop grasse. » L’isolement et l’inactivité qui entraînent le grignotage continu : « Je mangeais parce que je m’ennuyais »
Geoffrey n’a jamais été dépressif. Mais souvent, il en a eu « marre » ; souvent, dans les faits, il a « pleuré »… « J’en avais ras-le-bol qu’on me dise ce que je ne voulais pas entendre. J’en avais assez des insultes, comme « gros lard »… mais aussi de la pitié… Surtout celle des profs de sport. Je me suis toujours donné à fond, mais je ne pouvais plus faire de course, ni de sport collectif comme le handball ou le volley… »

Devenir quelqu’un de « normal »

triangleLe déclencheur de son trimestre à Perharidy ? « J’avais perdu mon souffle, ma courbe d’asthme s’envolait. Il y avait aussi les problèmes de dos, de vertige, de phlébite… Et des aspects psychologiques et familiaux. » Il ne s’étend pas sur le sujet : « je voulais que mon père soit fier de moi… » Il ajoute : « Dans le regard des autres, je n’étais pas vu comme quelqu’un de « normal… »
La vie sur cette presqu’île ? « Je m’y sens tellement bien que j’y resterais volontiers toute la vie. » Un peu de latin ne saurait nuire, et dans un grand éclat de rire, il lance :  « Ad vitam aeternam ! » Plus sérieusement, il reprend : « Ici, on est coupé du monde… mais surtout de tout ce qu’on veut rejeter. C’est bien. Ensuite, c’est un peu égoïste, mais tout est fait pour nous, pour nous soigner… Et les autres sont pareils que soi. Ce n’est pas non plus une vie monastique. Il y a des limites, mais pas tant que ça… Et les profs, je n’en parle pas. C’est parfait. 8 ou 9 par classe ? J’en rêvais.»

« Le retour, c’est le risque »

Une ombre au tableau tout de même ? « Le seul point négatif, c’est que la nourriture au self n’a pas de goût ! Mais d’un autre côté, quand je vois un éducateur manger du chocolat, je n’en ai pas envie. Si j’ai faim, je m’occupe. Les quantités aux repas sont adaptées, et il y a toujours quelque chose à faire : les cours, les devoirs, les soins, la piscine, la diététique, les arts plastiques… Le soir, je suis exténué, et je m’endors tout de suite. »
marche-1Et après ? Dans un mois, six mois, deux ans ? « Le retour, c’est le risque… On y pense tous. Quitter ce centre me fera certainement du mal. Je reviendrai tous les deux mois pour un bilan. Oui, ça pourra peut-être m’arriver comme à tout le monde de craquer… mais je n’ai pas réussi à perdre pour reprendre bêtement. Je ne me laisserai plus m’ennuyer ! »

 

Un commentaire

  1. noens jérémy
    #1

    moi j’était dans la céssion de septembre 2006 a décembre 2006 je suis arrivé a pérharidy je faisai 84kg et j’en suis sortit je fesai 77kg après 3 ans je n’est pas pris un gramme et perdu un gramme mais j’ai grandi alor j’ai beaucoup changé. ces troi mois au centre on été l’expérience la plus formidable que j’ai faite. simplement inoubliable.

    jérémy 18ans

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