Pension au paradis !
Un « monde de rêve » aux petits soins et sans mal-être, où les kilos s’évanouissent sans calvaire, où tout le monde est « pareil »… Une « bulle » où tout redevient possible aux ados obèses ? Oui, c’est possible… mais pas si simple.
Une presqu’île. Un “presqu’au bout du monde“… Isolé, près de Roscoff, en Bretagne Nord. Ici, les ados obèses peuvent pratiquer une réadaptation alimentaire au long cours, dans un cocon à la fois bien encadrés et soutenus de toute part : médecins, pédiatres, diététiciennes, psychologue, assistante sociale, kinés, moniteurs éducateurs et éducateurs spécialisés, infirmières, enseignants même… Tout un univers aux petits soins pour les aider à perdre du poids, prendre les bons repères, changer leurs pratiques. Un cercle vertueux pour rompre avec le cercle vicieux. Et l’école sur place ! Que demander de plus !
Un monde à part… joyeux, rayonnant même… avec des sorties de classe remuantes, vivantes… des copains et copines « comme soi », des chambres à deux, des sorties, des balades… Et même des histoires de coeur « plus simples » comme l’écrivait récemment Ouest France… (mais on ne nous l’a pas confirmé !) Le site s’y prête : idyllique aux beaux jours… et sauvage l’hiver : là, quand le vent souffle et que la pluie bat sur les plages , qu’il fait bon regarder par la fenêtre… bien au chaud, bien au sec !
TEMOIGNAGE, Laura, 16 ans: « un monde de rêve »
Laura, 16 ans et demi, est arrivée depuis deux mois, de Lorient (Bretagne Sud). Elle pèse 120,8 kilos aujourd’hui pour 1m66, contre 130,5 au début. Dix kilos de perdus, déjà. Le déclic : « Un psy m’a fait regarder la vérité en face : les dangers de santé, la graisse autour du coeur… J’ai compris qu’il était temps que ça change. Moi, je regardais les reportages à la télé, et je trouvais qu’il y avait beaucoup plus gros que moi. Ca montait continuellement depuis mes 12/13 ans, et ça continuait, mais j’étais plutôt indifférente, je me disais : « bon, c’est comme ça » et « tant pis pour ceux que ça dérange ! »
Laura est souriante, ouverte, directe. Sa bonne humeur est communicative. Elle se dit « super-contente » dans ce centre « génial », « vraiment bien ». « Il y a une entraide entre nous, on profite de l’expérience de chacun… et à part une petite minorité, il n’y a pas vraiment de souci de mal-être. A l’école, on est huit dans la classe. C’est idéal pour bosser. Je fais une heure de marche par jour, de la piscine… Je prends les bonnes habitudes sportives et alimentaires. »
Poulet au curry!
Pour elle, « pas de souci », tout « se passe bien ». Son objectif : passer sous la barre des 100 kilos, définitivement. Pour cela, elle restera jusqu’en juin. Une durée exceptionnelle (trois mois maximum généralement). Laura a confiance. Elle veut « vivre une vie saine », « ne plus rester dans son coin à ne pas bouger », « évoluer »… En particulier, passer son CAP Petite enfance, pour travailler « en école ou en crêche ».
« Mes parents sont derrière moi. Mon père, lui aussi, est en gros surpoids. Ils me soutiennent. Je sais aussi que le centre n’est pas le vrai monde. C’est un monde de rêve. Ce n’est pas la réalité. Ce n’est pas ici que je vais vivre…
Mais les choses changent. Je me suis mise à la cuisine. Et quand je rentre, un week-end sur deux, je varie les aliments. A la maison, j’ai fait apparaître le poulet au curry à la maison, et les légumes variés… »
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Alors, un “petit paradis” ? Presque! Le centre de Perharidy joue de la même sonorité. Mais, plutôt que des nuages et de la harpe, il offre un complexe à l’échelle d’un village dont une aile traite les ados à l’IMC volage. Rien de carcéral, au contraire. Avec des silhouettes, des visages, et des voix, qui n’ont rien d’abattus.
« Attention à ne pas donner une image trop idyllique du séjour, » prévient tout de même le Dr Cécile Aubert-Monot, pédiatre qui dirige le service (voir vidéos), « car pour beaucoup, par exemple, ce n’est pas si simple de quitter la famille et il y a toujours quelques jeunes qui repartent au bout de quelques jours car ils ne supportent pas la séparation familiale. Enfin, même si l’on note souvent un “mieux être“, il n’est pas certain que le “mal être” disparaisse complètement ici, il peut aussi prendre d’autres formes, devenant juste différent. »
Entre semblables, dans le même bain
La vieille chanson anglaise dit que « c’est une longue route pour Tipperary »… à Perharidy, au contraire, tout semble aller de soi, comme dans un raccourci. Non que ce soit nécessairement facile, mais quand on y est, ça marche.
Ici, nutrition et diététique ne sont plus une pression de l’extérieur… mais une expérience quotidienne immédiate, répétée chaque jour, vécue par les quantités au self, prolongée dans les ateliers… Mieux que du “possible”… c’est du réel, du concret, selon un principe d’environnement protégé et favorable global, d’accompagnement permanent.
Une vingtaine de places, pas plus, pour les jeunes de 12 à 17 ans présentant une obésité sévère (degré 2). Un séjour souvent ressenti par les adolescents comme leur dernière chance, leur « seule planche de salut ». Une condition absolue pour l’admission : que la demande procède d’un vrai choix individuel, que l’on soit « demandeur, motivé ». Une autre condition nécessaire : le soutien familial, la volonté de tous à domicile de « changer les choses ». Du fait des dernières politiques de santé, ce type d’établissement ne peut plus offrir ses services qu’à l’échelle régionale… mais pour ses bénéficiaires, il reste le “must“, tout à la fois bouée de sauvetage, asile, tremplin et espoir d’une vie meilleure.
Un trimestre à l’écart du monde
Durée normale du séjour : un trimestre scolaire (ou 1 à 2 mois l’été). Exceptionnellement, jusqu’à 6 mois. Et c’est parti : menu imposé puis composé soi-même, redécouverte des légumes, sport, cours de cuisine, entretiens, activités… Pesées aussi, évidemment… Bien réaliser ce que sont des quantités normales ; composer un repas équilibré ; élargir un appétit parfois trop sélectif ; reprendre goût aux activités physiques. Bref, idéalement, devenir autonome, capable au besoin de corriger un excès ou écart ponctuel, et adapté au monde, restauration rapide inclue.
Dans ce monde radieux, sans moquerie sur le poids des uns et des autres et sans grignotage, pas d’inactivité, peu de temps pour se morfondre… Plus d’hésitation non plus à se mettre en maillot de bain devant les autres. Tout le monde est « pareil »… Alors, on reprend goût aux sorties, à la marche, aux échanges avec autrui. On désapprend en même temps l’ennui, pour ne plus l’admettre, le tolérer (voir bientôt l’interview de Geoffrey). C’est le retour de la confiance en soi et de l’intérêt au monde.
Et malgré, parfois, une descolarisation complète, voire des phobies scolaires, l’on se surprend même à retrouver des bonnes notes… tandis que les kilos s’enfuient.
Entre l’utile et l’agréable, tout serait pour le mieux… Mais reste l’effet boomerang… L’inévitable retour sur terre, à terme… Et son verdict…






