La clé des champs?

Face à la malbouffe, le bio est mis en avant. Et l’agriculture durable? Rencontre avec une grande figure du combat écologique agricole. Les prairies sauveront-elles la terre? Jusqu’où iraient les bienfaits d’un retour à la raison?


Avec sa casquette, son sourire de vieux sage
et son franc-parler, André Pochon, fondateur du Réseau agriculture durable, est un symbole des “autres” agricultures possibles. Très attaché à la terre, “100% paysan“, il a fait le choix, il y a bien longtemps, de rester à la ferme plutôt que devenir instituteur et ne l’a jamais regretté. Ardent militant d’une agriculture responsable, écologique, qui préserve le tissu rural, il se bat pour un modèle de petites exploitations à forte valeur ajoutée conjuguant prairie, notamment à base de trèfle blanc, et élevage raisonné. Un sujet où tout converge : environnement, saveur, et (à suivre un reportage primé de la Télévision Suisse Romande) l’obésité.

  • En février de cette année, à 77 ans, le vieux paysan a repris la plume pour rédiger “Le scandale de l’agriculture folle“, son contribution au Grenelle de l’environnement (paru aux éditions du Rocher) que Nicolas Hulot a préfacé. Il soutient et rejoint la lutte d’André Pochon, “pionnier“, et “voix forte“, en faveur de “formes de production viables“, “agro-écologiques“. “La défense de l’environnement et la qualité des aliments en Europe en Europe,” écrit notamment Nicolas Hulot, “n’est en rien contradictoire avec le droit des nations du Sud de réconquérir leur sécurité et leur souveraineté alimentaire“.
  • A lire, sur Marianne2 “Malbouffe, le scandale des usines à cochons“, une interview d’André Pochon à l’occasion de la parution de son livre.

Le bio et le durable :

deux facettes convergentes

Le combat d’André Pochon croise celui des nappes phréatiques polluées par les nitrates  en Bretagne “à 90% de la faute de l’agriculture, de l’élevage industriel en fait“, celui d’un réel développement du 1/3 mondequi fournit la nourriture pour le bétail d’ici avec le pain des pauvres” (le soja est le complément protéïnique au maïs d’ensilage)… et de la qualité des produits.

En ligne de mire pour l’Ouest, le fameux cochon ‘hors sol”… “huit millions de têtes, c’est fou“.. Un cochon enfermé, nourri sur caillebotis, dont les déjections, elles… ne sont pas “hors sol” du tout. “On aboutit avec les lisiers à des taux d’azote quatre à cinq fois supérieurs à ce que les plantes peuvent pomper.” Le tout descend dans les nappes phréatiques faisant de la Bretagne qui avait autrefois une eau saine, l’un des plus mauvais élèves européens en matière de nitrates… sans évoquer les fameuses algues vertes sur la côte. Matière de consolation… “les Hollandais, Belges flamands, et les Danois sont pire que nous.”

Loin de l’activisme d’un José Bové, André Pochon est assez proche du bio mais sans en faire une “religion“. L’agriculture durable vise l’équilibre écologique mais ne bannit pas tous les pesticides et désherbants. A l’inverse, son cahier des charges inclut des contraintes ignorées du bio et très importantes pour l’environnement comme l’obligation de recréer les talus et les haies (ce qui évite le ravinement et protège toute une faune). “Tout cela converge à terme, et l’idéal serait que les deux soient un jour réunis en un seul. La grande idée du bio, c’est de protéger le consommateur contre la malbouffe. C’est ce que nous faisons aussi.”

  • Pour aller plus loin : études (en pdf) sur  la nature des fourrages et la qualité nutritionnelle des produits laitiers et un petit article présentant la “bonne herbe de printemps aux Omega3” sur un blog de fermiers bio.  Sur la Télévision Suisse Romande (TSR), un reportage primé en 2007, qui boucle la boucle : “obésité, les raisons du fiasco“; il pose la question des Omega6 et Omega3 dans l’alimentation; auparavant équilibrés, ils sont désormais dans un rapport de 25 contre 1, suite au recours massif à l’alimentation animale par le couple “maïs/soja” et au reflux des prairies.
  • Tous les bienfaits environnementaux de la prairie vus du Québec (et de l’élevage) : qualité de l’eau, érosion, stockage de carbone, biodiversité… Sur i-diététique, le rapport méconnu entre le type d’alimentation des vaches et le réchauffement planétaire (une alimentation en céréales produit du méthane, gaz à effet de serre, à l’inverse du paturage en prairie)
  • Sur eSanté, l’article “Cholestérol : oméga-3 ou médicaments ?” insiste sur les bénéfices cardio-vasculaires des oméga 3, en s’appuyant sur une compilation de 100 études. Mais attention au raccourci souligné par le docteur Boris Hansel sur l’Internaute, les Omega3 ne font pas baisser le cholestérol proprement dit.  A voir, enfin, tout un dossier sur les bienfaits des Omega3 sur Doctissimo.

Le consommateur est

maître du futur

Selon André Pochon, viandes ou produits laitiers issus d’un élevage raisonné en prairie sont incomparables avec ceux de l’industrie. Il faut l’entendre faire l’apologie du “beurre de printemps” issu de vaches de prairies, une petite merveille de saveur et de diététique (que pour sa part il congèle… pour en avoir toute l’année!) “Et pour le porc, les gens veulent de plus en plus du bio, ou du porc fermier label rouge… lequel est élevé sur litière et pas sur caillebotis, ce qui change tout, et qui joue énormément sur la qualité de la viande.”

  • Un modèle discret, rentable et qui progresse
    Du côté agricole, 26 ans après la création du Cedapa (Centre d’études pour un développement agricole plus autonome), plus de 3.000 agriculteurs se sont installés en toute discrétion, en utilisant le modèle d’agriculture durable prôné par André Pochon. “Avec leur formation à la prairie, sans utilisation d’engrais azotés, ils ont des résultats économiques meilleurs que les autres. A taille d’exploitation similaire, tous nos gars gagnent un tiers de plus qu’un agriculteur productiviste“.


Pour ce vieux combattant d’une agriculture raisonnable et raisonnée, agriculture et écologie ne pourront que se réconcilier à l’avenir. Quel autre choix serait possible? Il compte en particulier sur les consommateurs de plus en plus sensibles à l’environnement, au goût et à la qualité des produits. “Rien n’est désespéré. Regardez comment les produits courts du producteur au consommateur se développent actuellement. Les choses changent… elles finiront par changer dans le commerce. Et là, ce sera fait. Face à l’agro-business, coopératives comprises, le problème est en réalité culturel.“”

D.B.

Pour aller plus loin :

Le Réseau agriculture durable et une présentation d’André Pochon

Les livres d’André Pochon

  • La prairie temporaire à base de trèfle blanc, 1981
  • Du champ à la source, retrouver l’eau pure, 1988
  • Les champs du possible, playdoyer pour une agriculture durable, 1998
  • Les sillons de la colère, la malbouffe n’est pas une fatalité 2001 (tous les quatre sont présentés ici)
  • Le scandale de l’agriculture folle, 2009

En vidéo

Un tiers de rendement et de revenu en plus, en polluant dix fois moins (vidéo)… ou “travaillez moins pour gagner plus” (vidéo) Pourquoi l’agriculture autonome n’intéresse pas les oopératives selon André Pochon (vidéo)

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