Forum, le debriefing!
Revenons sur le Forum santé des collégiens et lycéens du jeudi 23 février… brillant résumé par la Défenseure des enfants, mais le détail des constats, questions et propositions des jeunes mérite une grande attention…
Le Forum sur la santé, organisé par le Défenseur des enfants, à Rennes (35), le jeudi 23 février a été une rare occasion pour les collégiens et lycéens de prendre la parole pour s’exprimer sur le sujet. Leurs avis, leurs suggestions, leurs réactions seront transmis aux plus hautes autorités nationales. Retour sur le détail des propos et propositions. (Suite de l’article de la semaine dernière)
Moins d’”hypocrisie“… et des cours de cuisine !
A propos de grands messages… quand a-t-on le « temps de bouger » après l’école ? Reformulé, cela donne : « Il n’y a pas d’heures pour le sport, les sorties, les amis… pour pratiquer des activités qui apportent le bien-être, qui font qu’on est bien dans sa tête, bien dans son corps. » Difficile d’être plus clair.
Il y a aussi de l’« hypocrisie » dans la communication à destination des jeunes , puisque sont surtout promus en même temps les produits « qui font grossir ». Et comme ils « bons au goût »… « excellents même »…, comment y résister ? Il faut « enlever les pubs des produits gras », « apprendre le goût aux enfants » (- et aux ados ? ), enfin… « faire des menus plus équilibrés à la cantine ».
Enfin, comme beaucoup de parents (sur-stressés, rentrant tard, fatigués) « confient les repas » à leurs enfants (ou bien comme ceux-ci participent à leur préparation)… collégiens et lycéens aimeraient non seulement l’intervention d’une diététicienne à l’école… mais, véritablement, des « cours de cuisine ».
Questionnement général des ados : pourquoi ne communique-t-on pas avec eux avec des « images chocs » (comme ceci? ) ou des « témoins réels », ou encore des messages « qui leur parlent vraiment » (comme les campagnes humoristiques Sam)… plutôt qu’avec « des choses trop éloignées d’eux », qu’ils « se représentent mal » (un peu comme cela?) ? Cela reste un mystère à leurs yeux. Ils n’ont peur ni d’être choqués… ni de ne pas être assez mûrs.
… Egalement, et si on interdisait aussi les « images dégradantes de femmes » qui « poussent au régime et à l’anorexie » ?
Zéro prévention ou information sur la dépression
Autre remarque, cette fois sur le fond : pourquoi ne pas expliquer aux élèves « en quoi une chose est dangereuse », plutôt que de leur asséner seulement que « c’est interdit » ? (D’autant que certains jeunes semblent estimer qu’il existe un « droit aux écarts »…)
Une requête systématique et fondamentale : les jeunes veulent des « intervenants extérieurs à leurs établissements » quelque soit le sujet de santé. Ceci pour garantir la confidentialité des échanges, pour « pouvoir parler sans crainte », notamment sans risque d’une transmission aux parents ou aux autres professionnels de l’établissement. Il y a clairement « peur que ça circule », quelque soit le sujet dont on se sera ouvert. Un point bloquant évident pour bien des actions confiées aux seuls personnels permanents des établissements.
Donc «pas des professeurs » sur les missions de santé, ou bien «pas seulement ». Ainsi pour l’éducation sexuelle, il faudrait en plus des cours, « des discussions par sexe » pour ne pas être gêné ou victime de moqueries de l’autre sexe… et pouvoir aborder les « sujets tabous » (évoqués mais non précisés… ce qui les confirme… mais on les sent poindre plus loin.)
Même chose pour les psychologues. Des psychologues de l’extérieur, avant tout. Jusqu’à préconiser « des entretiens réguliers avec les élèves ». Un vrai déficit d’ « information sur la dépression » est d’ailleurs signifié. Elle apparaît comme le trou noir dans la prévention de santé tous azimuths à leur destination. Qu’est-ce que c’est, comment ça se traduit, « quels en sont les signes », que faire, où ça va ? Le sujet intéresse vraiment et concerne les jeunes (et la Défenseure des enfants y est très sensible, voir ceci).
Mais là encore, c’est comme un cri collectif : « Des gens de l’EXTERIEUR ! » Pour pouvoir parler, toujours. Sinon… à quoi bon. Pour la drogue, l’alcool, le tabac ? Même chose.
Enfin, exprimé en passant, « Internet n’est pas un recours» pour partager ces sujets difficiles ; le réseau n’apparaît au mieux que « comme une solution d’information » : on n’ose pas y parler. Entrent ici en jeu la gêne dans l’inconnu, face à des inconnus, et la crainte de la cyber-surveillance des parents. Les jeunes souhaiteraient « des interlocuteurs proches d’eux », idéalement pas trop éloignés de leur âge, avec qui ils peuvent avoir des rapports compréhensifs.
Capotes, tuteurs, premiers secours… le feu d’artifice!
Plein de bonnes idées ont pétillé durant l’après-midi. Certaines a priori souriantes, mais plus profondes qu’il ne semble, ainsi :
- organiser un « envoi anonyme de préservatifs », sur demande, «par la poste ». La raison : en campagne, tout est plus compliqué qu’en ville, chacun s’observe et se connaît (une problématique aiguë pour l’IVG, par exemple - au sujet duquel on voudrait un « entretien de suivi après » et pas seulement « un entretien avant »).
- faire venir dans les classes des «victimes de la drogue qui s’en sont sorties »… ou bien explorer des systèmes de tutorat des élèves. En tous cas : « Moins de pénalisation, mais plus de rencontres avec des victimes. »
- lutter aussi contre « une façon de parler de l’amour inadaptée » qui ne le lie plus aux sentiments mais « seulement à la sexualité » et qui « pousse les garçons à se comporter comme dans les films » (apparemment, le tabou de la pornographie se situerait à l’arrière-plan - voir ceci ou ceci ).
- mettre en place une « formation de premiers secours à l’école » pour pouvoir réagir aux situations d’urgence que créent l’alcool ou la drogue…
Et bien, bien, bien des choses encore…
D.B.
>> Voir l’article de la semaine dernière présentant la rareté de ce type de manifestation, le poids omniprésent de l’école, la difficulté du recours aux parents…
( PS : par l’occasion et en bonus, en reliant les thèmes de communication, et avec une collision de circonstances… qui a déjà vu cette petite merveille de publicité au croisement de la prévention routière, de l’alimentation et du plus beau cocorico national?)
Ce qui s’est dit… pour aller plus loin
Dans la vidéo « Bribes de parole », on entendra un peu les collégiens et lycéens mais pas beaucoup (tendez l’oreille). Dommage, c’est vraiment eux qui ont disposé de l’essentiel des deux heures de forum plénier (lire aussi l’ interview en fin d’article de la semaine dernière). Mais bon… d’une part leur voix était généralement fluette (certainement intimidée par les gradins bien remplis), d’autre part, pas question de les filmer sans leur assentiment.
Heureusement, ils étaient bien soutenus par leurs animateurs qui se sont révélés non pas des juges en « c’est bien - c’est pas bien » (même devant des propos comme « un verre ou deux, c’est plus facile pour draguer les filles en boîte ») mais toujours des assistants… frappant eux-mêmes sur les mêmes clous que les participants.







