Fascisme sanitaire?
Un tribunal espagnol retire un enfant obèse à ses parents… qui le tiennent caché! Voila qui relance la polémique sur le “fascisme sanitaire“, que dénonce le psychiatre Apfeldorfer. Retour sur une interview prémonitoire
Le psychiatre (et auteur prolixe) Gérard Apfeldorfer n’y va pas avec le dos de la cuillère pour avertir d’une pression ambiante envers les « déviants de santé », toujours plus marquée à ses yeux. Obèses en tête. Bloob l’interviewait au printemps de cette année sur une tendance qu’il dénonce comme un “fascisme sanitaire“.
« Fascisme sanitaire ! » L’expression est apparue la première fois en septembre 2008, sous la plume de Gérard Apfeldorfer, dans la lettre mensuelle du GROS (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids) : « le fascisme à l’ancienne, » écrivait alors le psychiatre, « faisait la chasse aux races inférieures ainsi qu’à leurs ferments qui polluaient le corps viril de la nation. Le fascisme sanitaire veut éradiquer les corps non conformes qui coûtent trop, qui ralentissent la production, qui découragent la consommation, qui font tache dans le paysage. »
Hygiénisme à l’américaine
En ligne de mire de ce premier texte, la vague d’hygiénisme musclé dans les entreprises des Etats-Unis, selon le mode « change ou tu es licencié », « change ou paie ton surcoût » etc… Le magazine Le Point venait de publier une belle enquête (toujours en ligne) sur le sujet, avec force exemples. L’on pouvait y lire notamment : « Le plus dur à combattre, assurent les entreprises, plus que la nicotine, c’est l’obésité. »
Octobre 2008 ! Rebelote. Deuxième texte, titré « Fascisme sanitaire et déficit d’amour » . Entrée en matière explosive : « La République prépare la guerre » (évidemment…à l’obésité !).
Et c’est parti pour le feu d’artifice : « grande cause nationale », « surcoût chiffré à 15 milliards d’euros qui doublerait d’ici 2015 », « taxons les mauvais aliments », « solutions hygiéno-diététiques », « embrigadement sportif », « diabolisation des aliments »…
Le tout condensé ainsi par Gérard Apfeldorfer : « bonjour ostracisme et honte, bonjour culpabilité, bonjour compulsions et boulimies, bonjour aggravation du surpoids ! »
Intolérance, rejet et punition
Ce verdict enfin : « les solutions proposées, si maladroites, si simplistes, au lieu de soulager, ne peuvent qu’aggraver la situation de ceux qui sont déjà dans la souffrance. (…/…) quel dommage, que l’État français donne ainsi dans le fascisme sanitaire ! »
Dix de der, en novembre dernier, avec le texte « Faut-il brûler les obèses » ; occasion d’un genre de définition :
- « Le fascisme sanitaire en matière d’obésité, c’est l’intolérance exacerbée face à la différence physique, c’est la surveillance des déviations pondérales par le corps médical, c’est la moralisation et la diététisation de l’alimentation, c’est le rejet des personnes aux corps non conformes, ce sont des brimades et des punitions pour les récalcitrants. En attendant pire… »
Chasse aux déviants
On a beau chercher cependant, pas de nouvelles mentions de la formule depuis sur le site du Gros (*). Alors ? Elle a perdu de sa pertinence, elle est devenue obsolète, ou bien, finalement, elle était trop forte ? Non, non… du tout ! L’auteur prolixe et spécialiste de l’obésité persiste et signe. Pour lui, la « chasse aux déviants » s’annonce. Et ceci qu’elle en soit…
- aux prémisses avec deux « s » (comme dans Sécurité sociale pour rester soft)
- ou aux prémices avec un « c » (comme dans… hum… mettons… “contrainte“).
Laquelle des deux options ? Les deux, mon général ? A vous de choisir, dictionnaire en main pour bien distinguer les deux termes (l’un signifie base logique ; l’autre premiers signes)… après avoir vu les vidéos.
(*) NDR… à mars 2009, car en mai paraissait “Fascisme Sanitaire 3″… sur la stigmatisation des obèses comme péril écologique planétaire, cause du réchauffement climatique!
D.B.
>> Quelques petits extraits supplémentaires de l’entretien
- Au risque de nouveaux « sous-hommes » ?
La conjoncture de crise et de possibles privations s’y ajoute. Les obèses font figure de bouc-émissaires parfaits, ils dévoilent par ce corps qu’ils ne peuvent cacher nos propres pêchés de consommation effrénée.
Il faut se rappeler comment après 14/18, les gros ont été stigmatisés parce que leurs formes signifiaient qu’ils étaient planqués, à l’arrière, à profiter…
Bien sûr, pour le moment, c’est un fascisme polissé, sans violence encore, que l’enjeu soit l’école, la famille, le travail, le sport etc. Mais faut-il attendre que les gens lancent des pierres dans les devantures de pâtisseries ? »
- Pourquoi si peu de réactions à cette pression ambiante?
« D’une part, les gros font énormément de choses pour se faire accepter. Ils sont plus que conciliants, ils sont « compliants » (note: au sens “américain“, voir la wikipedia) : ils se plient aux volontés des autres, s’effacent, s’oublient. C’est particulièrement vrai des ados qui peuvent être prêts à tout pour se faire accepter comme une personne… même de deuxième catégorie.
D’autre part, quand on est stimatisé, on se dévalorise. La stigmatisation est justement réalisée quand sa victime reprend à son compte le discours la désignant, et dit « c’est ma faute, j’ai honte »…
La plupart des obèses sont dans la honte. C’est pourquoi leurs regroupements sont relativement rares. Alors qu’y participer est déjà une preuve de guérison. »
- Comment en sortir?
« Désormais, il faut surveiller, punir, corriger ou exclure. Ce n’est pas propre à la France, c’est très généralisé, et cela se développe de plus en plus. C’est l’exemple des fumeurs aux USA : on fait des prises de sang pour vérifier si les salariés fument chez eux, et si c’est le cas, on les licencie… Attention alors à la marginalisation et la stigmatisation accrues, à la distinction entre « bonnes » et « mauvaises personnes, aux décisions simplistes, à la criminalisation…
Tout cela pour quoi, d’ailleurs ? On nous bassine avec l’obésité… holala ! Comme si on était en retard. Et non… on fait mieux que les autres. La France est le pays d’Europe où il y a le moins d’obésité ! Planétairement, il n’y a que le Japon qui fait mieux. Et il y a moins d’obèses ici, alors qu’on mange plus gras que les autres, et avec plus de lipides saturés parmi les produits concernés.
Tiens, est-ce qu’on fait des recherches pour savoir pourquoi il y a moins d’obèses en France qu’ailleurs ? Non… On veut surtaxer. »








23 mars, 2009 à 15 h 36 min
Mrs Apfeldorfer and Co du GROS ne sont pas à un “fondage de plomb” près. La surenchère fait partie de leur fond de commerce et même des psychiatres se permettent de réels dérapages peu contrôlés. Continuons donc à grossir, devenir diabétiques de types 2 , hypertendus athéromateux: nous rejoindrons inéluctablement l’Amérique du Nord. Les laboratoires pharmaceutiques peuvent se frotter les mains devant les gigantesques profits à venir et reverser des royalties à l’agroalimentaire qui continue à mettre du sirop de glucose-fructose, du sel et des acides gras saturés dans les produits de grande consommation. La honte, c’est que ces psy sont originellement des médecins! “corps et esprit” sont un, on pourrait penser qu’ils l’ont oublié. Merci d’avoir lu ce mail. CMehn
8 juillet, 2010 à 14 h 34 min
On peut soigner les obèses sans les stigmatiser, comme des êtres humains malades qu’ils sont, et non comme des sous-hommes. D’autre part, Mrs Apfeldorfer et Zermati du GROS proposent une solution pour arrêter de grossir, et maigrir : c’est la rééducation aux sensations alimentaires qui permet de faire jouer l’autorégulation des apports alimentaires que notre organisme porte en lui et permet réellement de manger équilibrer sans honte, sans culpabilité, sans stress, avec joie et bonheur, en profitant de la vie sans se prendre la tête quand à son alimentation. Et ça marche : j’ai déjà perdu 1,5 kg.